
Le 28 décembre dernier, la primature a publié une note circulaire imposant à toutes les institutions publiques et privées une obligation de soumettre leurs événements culturels à l’approbation préalable du Ministère du Développement touristique, de la culture et de l’artisanat. Si cette mesure vise officiellement à garantir la cohérence avec la politique culturelle nationale, elle suscite de vives inquiétudes dans un pays où la culture est d’abord vécue, transmise et célébrée au quotidien.
Festivals, concerts, expositions, foires… tout devra désormais passer par une validation ministérielle. Cette centralisation administrative, bien protectrice, risque de freiner l’élan spontané des communautés, des artistes et des associations locales qui font vivre la culture tchadienne dans sa diversité, surtout, connaissant les lenteurs administratives et les dessous des pots vin demandés en contrepartie.

Dans un pays où les traditions sont profondément enracinées et valorisées dans les événements culturels, et où les célébrations culturelles rythment la vie sociale, cette note pourrait être interprétée comme une tentative de contrôle excessif, voire une forme de censure indirecte. « Je pense que la décision prise par le gouvernement n’est pas réfléchie. On ne peut pas mélanger la culture et la politique. Il existe deux choses qu’on ne peut pas contrôler : la religion et la culture. On sait clairement qu’il n’y a pas une politique culturelle bien établie au Tchad. Ce sont les initiatives privées qui donnent vie à la culture dans notre pays. Cette décision n’est pas réfléchie » confit Héritier Evariste Ngaralbaye, promoteur culturel au micro de TchadInfo.

La formulation de la note ne distingue pas clairement les événements institutionnels des manifestations traditionnelles ou communautaires. Or, dans de nombreuses régions du Tchad, les fêtes de village, les danses rituelles, les cérémonies de passage ou les marchés culturels ne relèvent ni d’une organisation formelle ni d’un cadre institutionnel. Exiger une autorisation pour chaque initiative pourrait décourager les porteurs de culture, créer des tensions avec les autorités locales, et affaiblir la transmission vivante du patrimoine.
La culture ne se décrète pas, elle se vit. Si le gouvernement souhaite encadrer les grandes manifestations, il doit aussi reconnaître la légitimité des expressions populaires et traditionnelles. Une politique culturelle cohérente ne peut se construire sans les acteurs de terrain.
« Pendant que l’État mobilise des moyens conséquents pour quelques événements officiels, Mois du livre, Journées gastronomiques, Festival Dary, des centaines d’initiatives citoyennes sont laissées sans soutien, sans accompagnement, sans reconnaissance. Pourtant, ce sont elles qui animent la culture dans les quartiers, les écoles et les espaces communautaires » craint Jean Bosco Manga, écrivain sur sa page facebook.

Plutôt que de verrouiller, il faut accompagner, former, valoriser. La crainte d’une mauvaise interprétation de cette note est réelle : elle pourrait être utilisée pour interdire des événements jugés sensibles, ou pour favoriser certains groupes au détriment d’autres.
Dans un Tchad profondément traditionnel, la culture est un lien social, un vecteur de paix et d’identité. Toute mesure qui risque de l’étouffer mérite d’être réexaminée. La gouvernance culturelle doit être ouverte, participative et respectueuse des dynamiques locales — pas un outil de contrôle.
Djagbara Xavier
