Chadian's reporter

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Editorial : Le football à l’image de l’Etat

On ne cache pas la lumière du soleil avec la main, dit un dicton. Au Tchad, le football se présente désormais comme un terrain loyal d’humiliation. Autant il est arrivé à son ménopause le plus parfait, autant il révèle davantage ce que le pouvoir s’obstine à cacher.

  La bouche qui tête n’oublie jamais la saveur du lait. Et la fédération tchadienne du football est la figure magistrale de cette pensée de Ferdinand Oyono. Bien évidemment, la lourde défaite des Sao face au Burundi n’est pas un simple accident sportif. Elle est le miroir brutal d’un pays où rien ne fonctionne normalement, où l’improvisation a remplacé la vision, et où la politique, la plus mauvaise et la plus sale, a fini par contaminer même un stade de football.

  En effet, ce revers n’est pas celui des joueurs. Il est celui d’un système délétère, austère au progrès et au changement. Un système qui étouffe les talents, qui instrumentalise les fédérations, qui nomme par complaisance plutôt que par compétence, et qui exige des résultats sans jamais fournir les moyens. Idriss Dokony Adiker, président du COST, a eu au moins le mérite de dire tout haut ce que tout le monde murmure depuis des années lorsqu’il affirme qu’ « il faut se dire la vérité ». et cette vérité, c’est que le sport tchadien est malade. Et que sa maladie porte un nom : l’ingérence politique permanente.

  Dès lors, comment espérer bâtir un football solide dans un pays où même la sécurité des journalistes n’est plus garantie ? L’agression de Souleymane Brahim, Reporter de Tchadinfos, par des individus en trellis, en plein cœur de la capitale, n’est pas un fait divers. C’est un signal. Un signal inquiétant. Un signal qui dit : personne n’est en sécurité quand l’impunité devient la règle ; quand les méchants ne sont pas punis.

Et pendant que les citoyens s’inquiètent, que les journalistes sont menacés, que les villages s’organisent eux-mêmes pour traquer les voleurs de bétail faute d’État protecteur, la CASAC se complait dans un folklore au tambour percé. Elle défile, chante les louanges d’une « paix » imaginaire. Et tel un perroquet, elle se sent à l’aise dans la répétition hypocrite des discours creux sur la « stabilité » qu’elle s’est taillé elle-même l’image. La question que tout citoyen lamnda peut se poser est la suivante : quelle paix ? La paix de façade, celle qu’on brandit sur les podiums pendant que les armes circulent, que les gangs prospèrent, que les tensions communautaires s’enveniment, que les libertés se réduisent ? La paix-slogan, la paix-propagande, la paix-mascarade.

En tout cas, le contraste est saisissant. Alors que des villages entiers du Guéra doivent s’organiser eux-mêmes pour défendre leurs troupeaux, le gouvernement annonce fièrement l’envoi de plus de 500 policiers et gendarmes en Haïti. Le message est clair : l’image internationale passe avant la sécurité nationale. Ce n’est pas faux même si c’est triste. C’est la logique du gouvernement tchadien depuis des lustres.

Un pays où les institutions sont fragiles ne peut pas avoir un football fort. Un pays où les journalistes sont agressés ne peut pas avoir un débat public sain. Un pays où la paix est un slogan ne peut pas avoir une jeunesse confiante. Ici, la défaite des Sao n’est pas un épisode sportif isolé. C’est le symptôme d’un État qui démissionne de sa mission régalienne. C’est le reflet d’un Etat qui sape l’action au détriment des discours creux et les mobilisations téléguidées.

  Il faut désormais reconstruire le football, reconstruire la sécurité, reconstruire la paix – la vraie, celle qui se vit dans les cœurs et non sur les lèvres, rétablir la confiance. Et cela ne passera, ni par les slogans, ni les mascarades, encore moins par les défilés orchestrés. Cela se fera avec du courage politique, de la transparence, et une rupture nette avec les pratiques qui ont miné le pays pendant trop longtemps. Oui, le Tchad mérite un sursaut, pas seulement sportif, mais national. Celui d’une conscience, prête à rompre avec le passé douloureux pour donner libre espoir du futur

La rédaction