
Il y a des semaines où l’actualité, mise en commun, empeste plus que la mort. Chaque éclat renvoie une part de vérité, une part de chaos, une part de ce que le pouvoir refuse de regarder en face. La semaine dernière au Tchad en est l’illustration magistrale.
Jeudi 19 mars 2026, deux ministres et généraux : Isakha Maloua Djamous et Ali Ahmat Akhabachese, en faucon de fer, rendent de toute urgence à Tiné, dans le Wadi-Fira. Raison : une attaque meurtrière par drone, « venue du Soudan », qui a frappé des civils tchadiens.
Un capharnaüm de dégâts a vu le jour. Cette attaque, autant elle interroge, autant elle est grave de par ses empreintes non-négligeables. Une attaque qui révèle, une fois de plus, la fragilité de notre souveraineté. Et que fait le pouvoir ? Il ferme la frontière avec le Soudan, pour la deuxième fois. Un geste spectaculaire, mais qui ressemble davantage à un réflexe politique qu’à une stratégie de sécurité. Si, instinctivement le Tchad pense agir de la sorte pour garantir la sécurité de sa population, il y a lieu de dire ici, et sans ambages, qu’il s’agit purement et simplement d’un langage diplomatique frelaté.

Car pendant que N’Djamena annonce la fermeture des 1 300 kilomètres de frontière, les Forces de soutien rapide et l’armée soudanaise nient toute implication. Finalement, qui a tiré ? Qui contrôle réellement les drones dans cette zone ? Et surtout : où sont les preuves ? Le gouvernement parle, mais ne démontre rien. Il agit en médecin après la mort et ne rassure personne. Il ferme, mais ne protège pas. La vérité, c’est que cette attaque révèle un vide : un vide de renseignement, un vide de stratégie, un vide de transparence.
Si à l’Est les drones survolent et frappent au gré de leur caprice, dans la capitale, à N’Djaména, les balles crépitent crier gare. La semaine a aussi été marquée par une série de violences urbaines qui montrent un pays en perte de contrôle.

À Klemat, un drame familial tourne au cauchemar. Soumaine Youssouf, 28 ans, meurt quelques heures après son père, suite à une bagarre avec un ami. Deux morts en une journée, dans un quartier où la police n’arrive plus à prévenir les dérives. À Farcha, un assassinat glaçant. Barka Alifa, 37 ans, père de famille, est criblé de quatre balles dans sa propre cour, en pleine nuit. Le meurtrier l’appelle, l’attire dehors, tire à travers le mur, et disparaît. Ce n’est plus un fait divers. C’est un malaise symptômatique. Le symptôme d’une capitale où les armes circulent plus facilement que l’eau potable, et où la violence est plus permanente que l’électricité.
Àussi, à l’occasion de la Journée mondiale de l’eau, legouvernement annonce fièrement, et surtout sans gêne que 63,5 % des Tchadiens ont désormais accès à l’eau potable. Pourtant à Fianga, dans le Mayo-Kebbi Est, la réalité est tout autre : l’eau y est impropre, dangereuse, parfois mortelle. Encore une fois, les chiffres officiels ne reflètent pas la vie réelle. Encore une fois, le pouvoir communique, mais ne transforme pas.

Dans tous les cas, le pays est pris au sandwich : menaces extérieures, violences intérieures ; oui, l’Etat tchadien vacille et se complait dans le tâtonnement. Cette semaine résume l’état du Tchad avec à l’Est, des drones qui frappent, et personne ne sait qui les pilote. À l’Ouest, l’eau manque, malgré les discours triomphants. Au centre, la capitale s’enfonce dans une violence quotidienne avec une prolifération d’arme légère que le gouvernement peine à maitriser. Et au sommet, le pouvoir ferme les frontières, mais laisse ouvertes toutes les failles internes. Tout en oubliant que le Tchad n’a pas seulement besoin de fermetures. Il a besoin de réponses. De transparence. De justice. De sécurité réelle, pas de gestes symboliques.
Ainsi donc, la dernière semaine, le Tchad a montré ses blessures. Des blessures profondes, anciennes, aggravées par l’inaction et les décisions improvisées. Il est temps que le gouvernement cesse de gouverner par réflexe et commence à gouverner par responsabilité. Il est temps que les citoyens exigent des comptes. Il est temps que la vérité soit dite, que les violences soient stoppées, que les frontières — les vraies, celles de la sécurité et de la justice — soient enfin protégées.
La Rédaction
