

À l’occasion de la Journée internationale des droits des femmes et de la clôture de la Semaine nationale de la femme tchadienne, les forces de défense et de sécurité ont défilé en grande pompe. Les images, largement relayées sur les réseaux sociaux et dans les médias officiels, montrent des femmes en uniforme, fières, disciplinées, occupant l’espace public comme rarement.
Mais derrière cette vitrine soigneusement orchestrée, une réalité beaucoup moins reluisante persiste, la présence des femmes dans la vie publique tchadienne reste largement symbolique, intermittente, et souvent instrumentalisée.
Une visibilité saisonnière, presque décorative
Chaque année, le même scénario se répète. Le 8 mars, les femmes deviennent soudainement omniprésentes. Elles sont célébrées, applaudies, mises en avant comme un signe de modernité et d’ouverture. Mais dès le lendemain, le rideau retombe.
Dans les institutions, les administrations, les forces de sécurité, les médias publics, les espaces de décision, les femmes redeviennent minoritaires, souvent reléguées à des rôles subalternes ou invisibles. Leur présence n’est plus un enjeu politique, mais un souvenir de circonstance.


Une mise en scène qui masque l’essentiel
Ce décalage entre l’image et la réalité interroge. Car si les femmes tchadiennes sont capables de défiler, de commander des troupes, de représenter la nation lors d’événements officiels, alors elles sont tout aussi capables d’occuper durablement des postes de responsabilité, de décision et de pouvoir.
Le problème n’est pas leur compétence. Le problème est le système qui ne leur ouvre la porte qu’un jour par an. Cette mise en scène annuelle sert davantage à soigner l’image du pays qu’à transformer les conditions de vie des femmes. Elle permet d’exhiber, sans jamais s’attaquer aux obstacles structurels qui les maintiennent au second plan.
Le paradoxe : célébrées en uniforme, ignorées dans les réformes
Les femmes sont mobilisées pour incarner la discipline, la force, la loyauté. Mais lorsqu’il s’agit de lutter contre les violences basées sur le genre, garantir l’accès à la justice, assurer l’égalité salariale, protéger les femmes journalistes, promouvoir leur participation politique, renforcer leur présence dans les forces de défense et de sécurité, le volontarisme disparaît.


Les femmes tchadiennes méritent mieux qu’un rôle de figurantes
La véritable avancée ne viendra pas d’un défilé, mais d’une volonté politique réelle, avec des quotas appliqués, des nominations transparentes, des formations adaptées, des carrières respectées (sans propositions indécentes), des protections effectives et une présence quotidienne dans les espaces de pouvoir. Les femmes tchadiennes ne demandent pas d’être célébrées un jour. Elles demandent d’être considérées tous les jours.
Le 8 mars ne doit pas être une parenthèse folklorique. Il doit être un rappel, un engagement, un point de départ. Tant que les femmes ne seront visibles que lorsqu’il faut soigner l’image du pays, tant qu’elles seront utilisées comme symboles plutôt que reconnues comme actrices, la célébration restera une mise en scène creuse.
Le Tchad peut faire mieux. Le Tchad doit faire mieux. Et cela commence par cesser de reléguer les femmes au second plan — dans les institutions, dans les forces de sécurité, dans les médias, dans la société.
