Chadian's reporter

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ÉDITORIAL — Tchad: une semaine de contrastes et un 8 mars qui rappelle l’urgence d’agir

  Le crachoir de Zeus s’indigne ! Au Tchad, la semaine dernière a été marquée par une succession d’événements politiques, sécuritaires et sociaux qui, mis bout à bout, dessinent un pays en tension permanente. Mais au milieu de ces actualités, un moment a particulièrement retenu l’attention : la célébration de la Journée internationale des droits des femmes, accompagnée du traditionnel défilé des femmes.

  Un rituel devenu presque mécanique, où l’on expose des femmes en uniforme, en pagne ou en costume traditionnel, comme pour prouver que la nation avance. Mais en réalité, la pipe de Jupiter va au-delà de ce que l’on voit et imagine. Car, derrière les images soigneusement mises en scène, la réalité des femmes tchadiennes reste l’une des plus dures du continent.

  En effet, entre les débats politiques, les tensions sociales persistantes, les grèves sectorielles et les inquiétudes sécuritaires dans plusieurs provinces, le Tchad a encore traversé une semaine où l’urgence politique a éclipsé les urgences humaines. Pendant cette semaine, le mental et l’émotion se confondent, l’esprit et le corps s’embrasent. Il ne reste plus aux Tchadiens que d’émettre un cri de douleur longtemps gardé.

  En sus, les préoccupations quotidiennes, accès sur l’eau, sur la flambée des prix, sur l’insécurité et surtout sur la corruption, restent sans réponse. Et comme souvent les femmes sont en première ligne dans les foyers, les marchés, les champs, les hôpitaux, elles sont les premières à en payer le prix. En 2026, le défilé du 8 mars a offert des images fortes : femmes militaires marchant au pas galopant, policières en formation, représentantes d’institutions, associations féminines en tenue d’apparat. Mais cette visibilité spectaculaire ne doit pas tromper. Ah, la vie d’apparence !

  Mais au-delà de cette imagination, la réalité finit par reprendre sa place. Car, on le sait, le reste de l’année, les femmes tchadiennes sont invisibilisées, marginalisées, parfois même sacrifiées sur l’autel de Mammon. Les cas de viols impunis, de violences conjugales banalisées dont les femmes tchadiennes sont malheureusement victimes, sont trop connus pour être développés ici.

  Car, comment expliquer que les lois contre les violences basées sur le genre restent peu appliquées, les plaintes pour viol se perdent dans les couloirs des commissariats, les femmes journalistes intimidées, les femmes rurales abandonnées à elles-mêmes, les nominations publiques restent massivement masculines ou encore que les femmes soient utilisées comme symbole, mais jamais comme actrices du changement ?

Ces situations, si elles les exposent aux inégalités de chances, ne les fragilisent pas moins dans l’organisation quotidienne de la vie. Car, généralement, les femmes tchadiennes sont mises en quarantaine des postes de responsabilité,soumises à des propositions indécentes pour obtenir un emploi ou une promotion,reléguées au second plan dans les décisions politiques, économiques et militaires.

  Ceci dit, le contraste entre la mise en scène du 8 mars et la réalité quotidienne est devenu trop flagrant pour être ignoré. Le Tchad ne manque pas de femmes compétentes, courageuses, instruites, capables de diriger, d’innover, de transformer. Ce qui manque, c’est la volonté politique et institutionnelle de leur donner la place qu’elles méritent.

Alors que certaines défilaient en tenue d’apparat, d’autres sous le soleil, marteau à la main, concassent, en silence, des pierres pour subvenir aux besoins de leur famille. Pendant que certaines défilaient en cette unique journée où elles sont mises en avant, à Moundou, d’autres sont passées à tabac par leurs conjoints. Dans l’un ou l’autre cas, le 8 mars devient alors un miroir déformant : on préfère paraître que d’être.

  Ce qui est évident, ces femmes n’exagèrent pas dans les réclamations, elles demandent la justice, la sécurité, la fin des violences, la dignité au travail et la possibilité de participer pleinement à la vie publique. Elles demandent que le pays cesse de les considérer comme un décor qu’on sort une fois par an pour tenter de se dédommager la conscience.

  La semaine dernière l’a encore montré : le pays avance à petits pas, souvent dans la confusion, parfois dans la douleur. Mais une chose est certaine : aucune réforme, aucune stabilité durable n’est possible si la moitié de la population reste marginalisée.

En tout cas, le 8 mars doit cesser d’être un spectacle. Il doit devenir un rappel brutal : le Tchad a une dette immense envers ses filles. Et tant que cette dette reste non-soldée, les défilés, les discours et les cérémonies demeureront une simple cage d’illusions.

La Rédaction