
À l’occasion de la Semaine nationale de la femme tchadienne et de la Journée internationale des droits des femmes, l’association Mbâ Madji Leci tire la sonnette d’alarme sur la situation préoccupante de la santé sexuelle et reproductive au Tchad. Entre mortalité maternelle élevée, accès limité aux services de santé et crises humanitaires persistantes, l’association appelle à une mobilisation urgente des autorités et de la société.
À travers un point de presse tenu dans le cadre des activités marquant la Semaine nationale de la femme tchadienne, l’association Mbâ Madji Leci a dressé un tableau préoccupant de la santé sexuelle et reproductive (SSR) au Tchad. L’organisation, engagée dans la promotion des droits des femmes et des jeunes, estime que malgré certaines avancées, les indicateurs demeurent alarmants et nécessitent une réponse urgente et coordonnée.

Selon les données présentées par l’association, le pays continue d’afficher l’un des taux de mortalité maternelle les plus élevés au monde. L’Enquête Démographique et de Santé (EDSMIC 2014) indique en effet 860 décès maternels pour 100 000 naissances vivantes, tandis que la mortalité infantile atteint 72 décès pour 1 000 naissances. Des chiffres qui traduisent les difficultés persistantes d’accès aux soins maternels et aux services de santé essentiels.
“La situation est aggravée par des facteurs socioculturels profondément ancrés dans certaines communautés”, estime Adneli Parfaite, Porte-parole de l’association. Les mariages précoces, les grossesses non désirées et les violences basées sur le genre continuent de compromettre la santé et l’avenir de nombreuses adolescentes. Le récent décès d’une jeune étudiante à Pala, évoqué lors du point de presse, a ravivé le débat sur les insuffisances du système de protection des femmes et des jeunes filles.
Aussi, faut-il dire que les obstacles à l’accès aux services de santé sexuelle et reproductive restent multiples. “Le manque d’infrastructures sanitaires, la pénurie de personnel qualifié dans les zones rurales, la pauvreté et les croyances culturelles limitent fortement le recours aux services de planification familiale et aux consultations prénatales”, déclare la Porte-parole qui tient à préciser que dans certaines régions, la contraception demeure encore entourée de tabous et de fausses interprétations religieuses.

À ces défis structurels s’ajoute le poids des crises humanitaires. Selon les estimations évoquées par l’association, plus de 2,1 millions de personnes déplacées ont été recensées au Tchad en novembre 2025, majoritairement des femmes et des enfants. Cette situation accentue la vulnérabilité des populations et réduit davantage l’accès aux services de santé reproductive et à la prise en charge des violences basées sur le genre.

Face à ce constat, Mbâ Madji Leci appelle les pouvoirs publics, les partenaires techniques et financiers, les organisations de la société civile ainsi que les leaders communautaires à renforcer les actions en faveur de la santé sexuelle et reproductive.
L’association plaide notamment pour un investissement accru dans les infrastructures sanitaires, l’éducation complète à la sexualité, la lutte contre les violences basées sur le genre et l’application effective des textes juridiques existants. Car, pour l’organisation, garantir les droits sexuels et reproductifs constitue une condition essentielle du développement du pays. “La santé sexuelle et reproductive n’est pas un privilège. C’est un droit fondamental”, rappelle Adneli Parfaite, estimant que la protection de la santé des femmes et des filles reste indissociable de l’avenir du Tchad.
La Rédaction
