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Société : 08 mars au Tchad – Le pagne de la discorde

À l’approche de la Journée internationale de la femme, l’ambiance est loin d’être à la fête chez les citadines. Entre une hausse de prix vertigineuse et une qualité jugée médiocre, le pagne officiel de l’édition 2026 suscite une vague d’indignation.

Un prix qui passe mal

L’époque où le gouvernement subventionnait massivement le pagne du 08 mars semble révolue. Cette année, c’est la douche froide pour les consommatrices : le prix est passé de 5 000 FCFA lors des éditions précédentes à 11 000 FCFA. Une inflation que Victoria, étudiante, ne digère pas : « Ce ne sont pas toutes les femmes qui peuvent débourser une telle somme », déplore-t-elle, pointant du doigt l’accessibilité d’un symbole censé être fédérateur.

Qualité « Boko Haram » : la colère des consommatrices

Au-delà du coût financier, c’est la texture même du tissu qui est au cœur des débats. Olga, rencontrée au marché, ne mâche pas ses mots. Elle qualifie le pagne de « Boko Haram », une expression locale imagée pour désigner un produit de basse qualité, fragile ou mal fini.

Ce mécontentement gagne aussi les rangs des commerçantes. L’une d’elles, qui espérait réaliser un chiffre d’affaires record, déchante rapidement face à la méfiance des clientes : « Avec les difficultés quotidiennes, peu de femmes peuvent se permettre ce luxe. C’est tout simplement trop cher pour ce que c’est. »

L’alternative locale : le succès du « Made in Sarh »

Face à cette déception, certaines font le choix du patriotisme économique, mais surtout de la durabilité. C’est le cas de Falmata, qui a délaissé le pagne officiel depuis plusieurs années au profit de l’artisanat local. « Je préfère les pagnes fabriqués à Sarh. Peu importe le prix, la qualité est là et je suis satisfaite de mon achat. »

Les époux mis à contribution

Pour les maris, cette célébration prend des airs d’obligation de rattrapage. Après une Saint-Valentin parfois timide, le pagne du 08 mars devient le cadeau de la réconciliation ou du devoir accompli. Jean, croisé devant une échoppe, l’admet volontiers : « C’est le moment de se rattraper auprès de nos épouses. Nous n’avons pas d’autre choix que d’accepter ce prix. »

Reste à savoir si, malgré la polémique, les rues se coloreront massivement de ce pagne le jour J, ou si la grogne sociale aura raison de la tradition vestimentaire.