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Société : Le calvaire pour obtenir une carte ONAPE

Depuis la note d’information signée le 20 juin 2025 par le Directeur de l’Office National pour la Promotion de l’Emploi (ONAPE), Nassouradine Abakar Kessou, le paysage du recrutement au Tchad a profondément changé. Le document rappelait aux employeurs (publics, privés et ONG) l’obligation légale d’exiger la carte de demandeur d’emploi pour toute candidature, conformément au Code du travail et aux textes régissant la déclaration des embauches. Sur le papier, la mesure vise à mieux encadrer le marché du travail. Dans la réalité, elle a transformé un simple document administratif en sésame quasi inaccessible.

Un « sésame » devenu inaccessible

Dans les agences ONAPE de la capitale, les usagers font le pied de grue sous un soleil de plomb, les files d’attente s’allongent dès l’aube. Des dizaines de jeunes diplômés patientent pendant des heures, parfois des jours, sans garantie d’être servis. Entre lenteur administrative et pratiques douteuses, le découragement gagne les rangs des jeunes diplômés. « Nous avons déposé nos dossiers il y a plus de deux semaines, mais jusqu’à l’heure où je vous parle, je n’ai pas pu retirer ma carte », confie Emmanuel, rencontré devant une agence. Interrogé sur les raisons de ce blocage, il ajoute d’un air désespéré: « Il faut avoir un « bras long » à l’intérieur. Sinon, vous pouvez attendre un, voire deux mois, avant que l’on ne vous délivre la carte. »

Corruption et réseaux parallèles

Au-delà de l’attente, c’est un véritable système de « diktat » imposé par certains agents qui est pointé du doigt. Un autre usager, ayant requis l’anonymat, dénonce une corruption à ciel ouvert :

Des démarcheurs gravitent autour des agencies, et une somme de 10 000 FCFA est réclamée pour « accélérer » la délivrance de la carte en seulement 48 heures, contre plusieurs semaines pour la voie normale.

Une mesure qui fragilise les jeunes au lieu de les protéger

L’objectif initial de l’ONAPE était de mieux structurer l’accès à l’emploi, notamment grâce à sa plateforme numérique destinée à connecter jeunes talents et employeurs. Mais l’exigence systématique de la carte, combinée à la lenteur de sa délivrance, a créé un goulot d’étranglement qui pénalise directement les candidats.

Face à cette situation, de nombreux observateurs s’interrogent: comment une mesure visant à réguler le marché du travail a-t-elle pu engendrer un tel système de précarité et de favoritisme ? Car une politique publique, aussi pertinente soit-elle, perd tout son sens lorsqu’elle se transforme en source d’injustice et de blocage.

La carte ONAPE devait être un outil d’organisation du marché du travail. Elle est devenue, pour beaucoup, un symbole de bureaucratie paralysante et de désespoir social. Tant que les procédures resteront opaques et les délais interminables, les jeunes Tchadiens continueront de vivre ce calvaire, et le marché de l’emploi restera miné par les mêmes inégalités que la réforme prétendait combattre.

La rédaction