

Au Tchad, accoucher, se faire opérer ou simplement chercher des soins devrait être un droit fondamental. Pourtant, pour de nombreuses familles, l’hôpital est devenu un lieu de peur, d’incertitude et parfois de deuil. Les témoignages recueillis ces derniers mois révèlent une réalité brutale : la négligence médicale n’est plus un accident isolé, mais un système qui s’effondre sur les patients.
Des contradictions médicales qui coûtent des vies
Le 15 février 2026, une femme enceinte arrive à l’hôpital Notre-Dame des Apôtres de N’Djamena. Elle marche, parle, sourit. Une sage-femme annonce qu’elle est « à un doigt ». Une autre affirme qu’il n’y a plus de liquide amniotique et appelle un gynécologue… absent de l’hôpital. Sans examen, sans échographie, sans voir la patiente, le médecin ordonne une césarienne immédiate.
Quelques minutes plus tard, un produit est administré. La femme fait une crise violente, qui durera pendant et après l’opération. À l’ouverture, les soignants découvrent un bébé baignant dans un liquide amniotique clair. La question reste suspendue : sur quoi reposait le diagnostic initial ?


L’hôpital, incapable de gérer la crise, transfère la patiente à l’Hôpital de la Mère et de l’Enfant. Là encore, les procédures administratives prennent le dessus sur l’urgence vitale. Entre les allers-retours imposés, l’oxygène qui s’épuise et l’absence de prise en charge rapide, la jeune femme s’éteint. Son mari, présent dans l’ambulance, n’aura assisté qu’à l’impuissance.
Des perfusions oubliées, des patientes ignorées
Une autre femme raconte la scène vécue après la césarienne de sa sœur. La perfusion se termine, le sang remonte dans le tuyau. Elle alerte les infirmiers à plusieurs reprises. Ils papotent entre eux et ne lui prêtent pas attention.
Face à l’inaction, elle bloque elle-même la perfusion pour éviter une hémorragie. Ce n’est qu’après un éclat de voix que le personnel réagit. Le médecin, reconnaissant la famille, tente de s’excuser. Elle lui répond : « La vie d’un être humain ne doit pas dépendre de qui il connaît. »


Accouchements dans la peur, matériel absent, stagiaires livrés à eux-mêmes
Les récits se ressemblent, des femmes laissées seules en plein travail, des sages-femmes qui grondent au lieu d’accompagner, du matériel manquant, des stagiaires non supervisés, des sutures mal faites ou encore des hémorragies non détectées…
Une jeune mère raconte avoir accouché seule aux urgences, maintenue par deux patientes pour ne pas tomber du lit. Les sages-femmes arrivent en criant : « Qui t’a dit d’accoucher ici ? Nous n’avons même pas de matériel pour couper le cordon ! »
Son mari, médecin, arrive en urgence avec un bistouri. Soudain, le ton change. La patiente devient un « cas spécial » parce qu’elle est « la femme du docteur ».


Des erreurs médicales qui tuent
Les témoignages évoquent aussi des drames évitables. Une femme opérée, renvoyée chez elle avec un morceau de compresse oublié dans son ventre. L’infection la tuera. Un enfant sous oxygène, les deux groupes électrogènes doivent « se reposer » informe-t-on la famille. Celle-ci doit aller chercher un groupe à la maison. L’enfant meurt deux heures plus tard. Un homme diabétique perfusé au glucose, malgré le carnet médical remis aux soignants. Il décède en moins d’une heure.
Un système qui s’effrite, des familles qui paient le prix
Ces récits ne sont pas des exceptions. Ils révèlent un système où la formation est insuffisante, la supervision est absente, les procédures sont ignorées, l’humanité se perd et les responsabilités se diluent. Les familles tchadiennes vivent dans la peur. Accoucher peut tuer, une perfusion peut tuer, un retard peut tuer.


Quand la santé devient un combat citoyen
Les hôpitaux tchadiens regorgent de soignants compétents, dévoués, qui sauvent des vies chaque jour. Mais ils sont noyés dans un système où la négligence, le manque de moyens, l’impunité et la fatigue extrême deviennent la norme.
Les familles qui témoignent ne cherchent pas la vengeance. Elles demandent un peu de dignité, de la compétence, de la vigilance, de la responsabilité, et surtout, que la vie humaine soit respectée.
Au Tchad, trop de femmes, trop d’enfants, trop de familles meurent non pas de maladie, mais de négligence évitable. Ces témoignages doivent servir d’électrochoc. Un pays ne peut se construire si ses citoyens ont peur d’aller à l’hôpital.
DJAGBARA Xavier
