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Tchad, l’heure de vérité: entre richesses enfouies et fractures à ciel ouvert

Riche en ressources, jeune par sa démographie, stratégique par sa position, le Tchad se trouve pourtant à un tournant décisif. Entre crises sécuritaires, opacité dans la gestion des richesses et défiance croissante envers les institutions, le pays doit choisir: persister dans l’ambiguïté ou engager le sursaut attendu par tout un peuple. En tout cas, le choix de l’un ou l’autre engage la responsabilité qui définira désormais la destinée de tout un peuple.

  Le Tchad traverse une période charnière où les contradictions nationales, telles la levée du soleil, ne peuvent plus être ignorées. En effet, pays aux potentialités immenses, doté d’un sous-sol convoité et d’une jeunesse dynamique, le Tchad demeure fragilisé par des institutions vacillantes et une gouvernance contestée, laissant entrevoir un ciel qui ne livre qu’une facture de désespoir. À mesure que les drames s’accumulent, une interrogation s’impose sur un ton polémique: que reste-t-il de l’autorité de l’État lorsque la sécurité, la justice et la transparence semblent se dissoudre dans l’opacité ?

  La disparition de Nambatingue Toko, figure historique du football tchadien et ancien joueur du Paris Saint-Germain, a suscité une émotion nationale légitime. Son nom, symbole d’excellence et de fierté sportive, rappelle combien les figures d’unité sont rares et précieuses. Mais derrière l’hommage, d’autres drames, plus discrets et plus troublants, interrogent la capabilité de l’État à protéger.

Aussi, faut-il rappeler que la mort du touriste français Ferreri Paul, 70 ans, dans des circonstances encore floues, et la disparition inquiétante du Dr Mahamat Moussa Al-Hilew, géologue reconnu pour ses travaux sur les ressources du Nord, projettent une ombre à la fois inquiétante et décevante. Ces affaires posent une question simple mais essentielle: visiteurs et intellectuels sont-ils en sécurité au Tchad ? L’image d’un pays accueillant et stable ne peut survivre sans réponses claires et crédibles.

  Mais, comme dit-on, le malheur ne vient jamais seul, le paradoxe tchadien atteint son apogée dans le secteur extractif. Premier producteur africain d’antimoine, notamment dans la zone stratégique d’Aouzou, le pays devrait tirer de cette richesse un levier de développement. Pourtant, les retombées concrètes tardent à se matérialiser pour la majorité des citoyens. Les recettes annoncées semblent se dissiper avant d’atteindre les circuits budgétaires visibles. À ce stade, l’on se demande si le Tchad est juste un “endroit” ou un pays avec des normes…

  Bien évidemment, cette opacité fait écho aux controverses entourant la gestion de la Société Nationale de Ciment (SONACIM), régulièrement citée dans des affaires de fonds présumés dilapidés, alors que nombre de ses agents peinent à joindre les deux bouts. Lorsque les ressources publiques ne profitent pas visiblement au bien commun, la défiance s’installe et mine le pacte social.

  Et dans ce climat social déjà tendu, le secteur éducatif en rajoute sa part de peine avec la grève entamée dans les établissements scolaires publics de N’Djaména, marquant ainsi un tournant préoccupant. En fait, précisons que ce mouvement, porté par les enseignants, dépasse la simple revendication salariale: il exprime un profond malaise symptômatique du système éducatif. et si les salles de classe sont fermées, les examens seront certainement compromis, perturbant le calendrier scolaire en cours. Ici, les conséquences risquent d’être lourdes pour des milliers d’élèves déjà confrontés à des conditions d’apprentissage précaires.

  En effet, une école paralysée, c’est une génération fragilisée. Dans un pays où la jeunesse constitue la majorité de la population, des sequences d’interruption accentuent les inégalités et alimentent le décrochage. L’éducation, socle de toute ambition nationale, ne peut rester l’otage de tensions budgétaires ou administratives prolongées.

  Plus alarmant encore est le sentiment d’impunité qui entoure certaines dérives sécuritaires. L’affaire du taximan brûlé vif par un policier, preuve d’une barbarie sans bornes, a profondément choqué l’opinion. Lorsque l’uniforme, censé incarner la protection, devient synonyme de peur, c’est la confiance dans l’État qui vacille. La réforme du secteur de la sécurité apparaît dès lors non comme une option, mais comme une nécessité urgente.

  L’horreur absolue a été atteinte avec la mort d’un bébé de 24 mois à Kamda, victime d’un viol. Ce drame dépasse le fait divers: il interpelle la conscience nationale. Le silence ou la lenteur des réactions officielles face à de tels crimes nourrit l’idée d’une justice inégalement appliquée. Or, protéger les plus vulnérables constitue le premier devoir d’un État digne de ce nom.

Le Tchad ne manque ni de ressources ni d’énergie humaine. Mais sans transparence dans l’exploitation minière, sans gouvernance rigoureuse des entreprises publiques, sans réforme crédible de la sécurité et sans investissement massif dans l’éducation, les richesses du sous-sol resteront stériles. L’heure n’est plus aux proclamations, mais à l’action structurée. Car un pays ne se bâtit pas seulement sur ses minerais, mais sur la confiance, la justice et la dignité garanties à son peuple.

La Rédaction