
C’est un ballet diplomatique qui ne manque pas de panache. Ce jeudi 29 janvier 2026, le président tchadien Mahamat Idriss Déby Itno a été reçu à l’Élysée par son homologue français Emmanuel Macron ce 29 janvier 2026. Si les deux hommes sont des habitués des salons parisiens, cette visite revêt une importance particulière : elle intervient après une année de turbulences majeures qui ont failli faire basculer l’un des derniers piliers de l’influence française au Sahel.
Un réchauffement après le « coup de froid » militaire
Il y a encore quelques mois, l’ambiance était à la rupture. En novembre 2024, N’Djamena avait créé la surprise en annonçant la fin de ses accords de coopération militaire avec la France, qualifiés d’« obsolètes ». Ce divorce technique avait entraîné le retrait effectif des troupes françaises du territoire tchadien à la fin du mois de janvier 2025.
Pourtant, loin de suivre la trajectoire de rupture radicale du Mali ou du Niger, le Tchad semble aujourd’hui jouer la carte de la redéfinition plutôt que de l’exclusion. Surtout « qu’il n’y a jamais eu de rupture totale » selon Stephane Ballong, rédacteur en chef au service Afrique à France24.

Les enjeux d’un « partenariat renouvelé »
L’objectif de cette visite était clair : poser les bases d’une relation « d’égal à égal », débarrassée des vieux réflexes post-coloniaux. Plusieurs dossiers brûlants ont occupé la table des discussions :
– Sécurité régionale : Face à la dégradation de la situation sécuritaire au Sahel, les affrontements au Sud du Tchad et l’afflux massif de réfugiés soudanais, le Tchad reste un verrou stratégique indéboulonnable ;
– Souveraineté et Diversification : Mahamat Idriss Déby ne s’en cache plus, le Tchad diversifie ses alliés (Russie, Turquie, Émirats arabes unis). Paris souhaite désormais composer avec cette nouvelle donne ;
– Économie et Développement : Au-delà des armes, N’Djamena attend des investissements concrets, notamment dans le cadre du plan national de développement « Tchad Vision 2030 ». « La France est un partenaire essentiel, mais elle doit désormais considérer que le Tchad a grandi et mûri. » Comme l’avait rappelé Abderaman Koulamallah, ancien ministre des affaires étrangères tchadien.

Ce rapprochement est aussi une volonté pour N’Djamena d’avoir un regard plus proche de l’opposition Tchadienne grandissante à Paris. Toutefois, la question de la libération du Dr Succès Masra emprisonné a aussi été posé.
Vers un nouveau paradigme ?
Cette visite marque-t-elle un retour en grâce définitif ? C’est plus complexe. Il s’agit plutôt d’un pragmatisme partagé. Pour Emmanuel Macron, maintenir un lien fort avec le Tchad est vital pour ne pas être totalement éjecté de la zone sahélienne. Pour Mahamat Idriss Déby, la France reste un levier diplomatique et un partenaire de sécurité civile (appui à la police, aviation civile) dont il n’est pas prêt à se passer totalement.
DJAGBARA Xavier
