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Littérature : Antoine Bangui-Rombaye, l’une des plumes de l’histoire du Tchad n’est plus

L’histoire du Tchad contemporain tient parfois dans le destin d’un seul homme. Antoine Bangui-Rombaye est de ceux-là. Né en 1933 à Baguirmi, il incarne cette génération d’intellectuels africains portés par le souffle des indépendances, avant de se heurter aux récifs de la dictature.

Né le 22 septembre 1933, à Bodo, en pleine zone cotonnière au sud du Tchad, Antoine Rombaye, dit Bangui, obtient son baccalauréat, en 1954, au Lycée de Die en France. Il entre à la Faculté des sciences de Grenoble qu’il délaisse, un an plus tard, pour l’École normale d’instituteur de Caen. Après ces brillantes études en France, où il décroche une licence en mathématiques, Antoine Bangui regagne sa terre natale avec la volonté de bâtir. Sa montée est fulgurante. Dans les années 60, il devient l’un des piliers du régime de François Tombalbaye. Ministre de l’Éducation, puis des Affaires étrangères, il est au cœur du réacteur politique d’un État qui se cherche.

Mais au Tchad, comme ailleurs, le pouvoir est un soleil qui brûle ceux qui l’approchent de trop près. En 1972, la machine se détraque. Soupçonné de complot, Bangui passe brutalement des dorures des ministères à la poussière des cellules de N’Djamena. Pendant trois ans, il connaît l’enfer carcéral, l’isolement et l’incertitude du lendemain.

C’est cette chute qui fera naître l’écrivain. Libéré en 1975 à la faveur d’un coup d’État, il choisit de transformer ses cicatrices en encre. En 1980, il publie son œuvre monumentale : « Prisonnier de Tombalbaye ». Plus qu’un simple témoignage, ce livre est une autopsie de la paranoïa politique et un vibrant plaidoyer pour la dignité humaine.

Plus tard, avec « Les Ombres de Koh », il se fera le gardien de la mémoire, explorant la richesse des traditions de son enfance pour mieux comprendre les fractures du présent. Homme d’État déchu devenu conscience littéraire, Antoine Bangui n’a jamais cessé d’aimer son pays, revenant même dans l’arène politique lors de l’élection présidentielle de 1996.

Antoine Bangui n’était pas un homme de rancœur, mais un homme de vérité. À travers ses écrits, comme dans ses engagements politiques ultérieurs, il a cherché à réconcilier le Tchad avec lui-même, entre ses ombres ancestrales et ses lumières futures.

Aujourd’hui, le rideau tombe sur une existence de courage. La plume s’est posée, mais l’encre de ses récits reste indélébile. Antoine Bangui-Rombaye ne s’en va pas tout à fait : il rejoint ces « Ombres de Koh » qu’il aimait tant, et il restera pour nous ce phare qui, même dans la tempête, n’a jamais cessé d’indiquer le chemin de la dignité.

Bangui est décédé ce 28 janvier à Paris à l’âge de 93 ans. Puisse-t-il reposer en paix, son témoignage est désormais un héritage qui se perpétrera à travers les âges.

DJAGBARA Xavier