


Arrestations arbitraires, agressions en plein jour, impunité érigée en mode de règne : voilà une semaine ordinaire dans un pays où l’insécurité galope, où l’espace politique se verrouille, où la liberté d’expression ressemble à un vieux conte de fées et où la quiétude citoyenne semble être désormais un souvenir lointain. Bienvenue au Tchad. Entre le 19 et le 26 janvier 2026, sept jours ont suffi pour résumer ce qui semble être un siècle de musellement.
Le décor est planté avec l’arrestation sans mandat de Dickoua Innocent, dont les proches attendent toujours une justification légale qui, comme la venue du Christ, tarde à se manifester. L’attente est long et l’inquiétude, toujours pressante. Pour sa part, détenu par les renseignements généraux, Djerabeté Fridolin, pas moins qu’un policier formé, est arrêté pour avoir été suspecté d’être une source d’information pour un journaliste. Puis, l’effroi : l’agression d’Abdeldjalil Abdelmoukaram Adam à son domicile en pleine journée par son voisin, le prétendu colonel Bokhit. Avec ces situations sécuritaires flagrantes, le doute se dissipe seul : le Tchad est un pays où l’insécurité et la banalisation de l’humain sont presque légendaires. Si le pire a été évité, c’est grâce à la robustesse du journaliste et au sursaut d’un peuple qui ne baisse plus les yeux. Ce peuple, pourtant privé de parole, envoie désormais des signaux forts : l’autodéfense peut bien se transformer en résistance et révolte. Ici, le mal est profond.


Dans ce contexte, comment s’étonner que le FRAPE, exclu d’un dialogue sélectif, refusant cette prétendue « main tendue » véritable guet-apens, choisisse la voie des armes ? En appelant des milliers de Tchadiens broyés par le chômage, le favoritisme et l’injustice, ils ne font que récolter ce que le régime a semé.
D’ailleurs, même les rares efforts de moralisation de la vie publique s’effondrent sous le poids de l’irresponsabilité. Alors que la SONEMIC, géré par Abdelkrim Charfadine Mahamat est exposé par Tchadone sur sa gestion opaque, les coupables seraient en fuite. Quand l’Etat perd le contrôle de ses vrais objectifs, tout devient faillite.
Pas étonnant, tant le mal est profond. Il s’insinue jusque dans les cours d’école. Au lycée français Montaigne, l’agression d’une élève par sa camarade, « la fille d’un intouchable », pour employer l’expression adaptée, filmée avec une jouissance déconcertante, est le symbole d’une transmission du mépris. On forme déjà la relève des bourreaux, éduquant la génération future à perpétuer le règne du clan qui sévit depuis 1990.



À quand la fin ? À quand une prise de conscience générale pour un Tchad véritablement libre et démocratique ? Le peuple attend une paix durable, pas celle des cimetières, mais celle du développement et de la justice.
Suivons les regards vers les alentours de Fort-Archambault, là où le bruit des bottes résonne plus fort que les chants de joie. A lundi, vivement !
La Rédaction
