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Sous le voile du bureau : Brisons l’omerta sur l’harcèlement sexuel au Tchad

Dans nos administrations, nos entreprises privées et nos commerces, un mal invisible ronge la dignité de nombreux travailleuses. Ce mal porte un nom : le harcèlement sexuel. Si le sujet reste tabou dans nos discussions de salon ou autour d’un thé, la réalité, elle, est brutale. Pour beaucoup de nos sœurs, chaque matinée commence par la « boule au ventre » à l’idée d’affronter un supérieur ou un collègue trop insistant.

« Il m’a dit que depuis mon départ du bureau, il ne cesse de penser à moi. Etant marié, ça a tiqué dans ma tête. Je n’ai pas voulu répondre. Puis, un autre message suivi. On peut se voir pour discuter d’un poste qui correspond à ton profil ? je pourrai te présenter a d’autres collègues. » Nous confie Catherine, traumatisé par les propositions de son anciens chefs qui suivront. « Retrouve-moi dans un restaurant de la place pour un pot. Arrivé sur place, c’était un Hôtel. Il me dit de le rejoindre dans une chambre. J’ai catégoriquement refusé. Alors il est descendu et m’a toisé, a piaffé et est parti sans m’adresser la parole. »

Au Tchad, le poids des traditions et une certaine conception de la masculinité poussent souvent à banaliser l’inacceptable. On entend parfois dire, « c’est juste une plaisanterie », « Il est amoureux » ou encore « c’est ainsi que les hommes courtisent ici ». Soyons clairs, lorsque les remarques sur le physique deviennent quotidiennes, que les invitations sont répétées malgré les refus, ou que des faveurs sexuelles sont sous-entendues en échange d’une promotion ou de la simple conservation d’un poste, ce n’est plus de la drague. C’est une AGRESSION. C’est un abus de pouvoir qui utilise la vulnérabilité économique de l’autre pour l’humilier.

Pourquoi tant de victimes se taisent-elles ? La réponse tient en deux mots : peur et honte. La peur de perdre son emploi par exemple. Dans un pays où trouver un travail est un parcours du combattant, l’harceleur utilise le licenciement comme une menace constante ou l’aide pour avoir un emploi comme argument pour profiter de sa victime.

La honte du « qu’en-dira-t-on ». La pression sociale et familiale est telle que la victime craint d’être pointée du doigt ou d’être jugée responsable de ce qui lui arrive. Pourtant, la honte doit impérativement changer de camp. Le coupable, c’est celui qui harcèle, pas celui ou celle qui subit.

Il est temps de rappeler que le milieu professionnel n’est pas une zone de non-droit. Le Code du Travail tchadien et le Code Pénal protègent l’intégrité physique et morale des travailleurs. Nul n’a le droit d’exiger une intimité contre un droit légitime au travail. Le développement de notre pays ne pourra se faire tant qu’une partie de sa force vive travaille dans la peur. Respecter la dignité de la femme et de l’homme au bureau n’est pas une option, c’est un devoir national.

A tous ceux qui souffrent en silence : vous n’êtes pas seuls. En parlant, en dénonçant, même discrètement au début auprès de personnes de confiance ou d’associations, vous commencez à reprendre votre pouvoir.

Le silence ne protège pas. Il protège l’harceleur.

DJAGBARA Xavier