
L’annonce de la construction de la mosquée Sheikh Zayed à N’Djamena, financée par les Émirats arabes unis, soulève une question de fond : alors que le pays fait face à des défis structurels majeurs, la priorité doit-elle vraiment être donnée aux édifices de prestige ?
La pose de la première pierre de ce qui sera la plus grande mosquée de la capitale, ce 18 janvier interroge. Si l’événement célèbre officiellement la coopération entre le Tchad et les Émirats arabes unis (EAU), il laisse un goût amer à une partie de l’opinion publique qui s’interroge sur l’orientation de l’aide bilatérale.
Il est difficile de ne pas remarquer une constante dans le « soft power » émirati au Sahel : une inclinaison marquée pour les investissements à caractère religieux. Si la liberté de culte est un droit fondamental, la concentration des dons vers des lieux de prière, au détriment des infrastructures de base, pose la question de l’adéquation entre l’offre des partenaires et la demande réelle du peuple tchadien.
Le Tchad traverse une période charnière où les urgences ne manquent pas. Pour beaucoup, chaque milliard de francs CFA investi dans le marbre d’un lieu de culte est un investissement qui manque ailleurs.


Sur le plan éducatif, des milliers d’enfants étudient encore sous des paillotes ou dans des classes surchargées, manquant cruellement de manuels scolaires.
Sur le plan sanitaire, les hôpitaux de province, et même ceux de la capitale, souffrent de plateaux techniques obsolètes et de pénuries récurrentes de médicaments essentiels.
L’accès à l’eau potable reste un luxe pour de nombreuses familles, et les délestages électriques freinent quotidiennement l’économie nationale.
La diplomatie ne doit pas être une rue à sens unique où le donateur impose la nature de son aide. Le gouvernement tchadien a la responsabilité d’orienter ses partenaires vers des secteurs productifs et sociaux. Construire une mosquée monumentale est un geste symbolique fort, mais construire des centres de formation professionnelle ou des centrales solaires serait un geste de fraternité durable pour l’avenir de la jeunesse tchadienne.

Si la future mosquée Sheikh Zayed s’annonce comme un joyau architectural, elle risque de rester le symbole d’un décalage persistant entre la diplomatie des grands chantiers religieux et la réalité quotidienne des citoyens tchadiens en quête de mieux-être.
