Chadian's reporter

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Éditorial : Korbol, quand dialoguer n’a servi à rien

La semaine qui vient de s’écouler au Tchad a laissé derrière elle un goût amer de déjà-vu. À Korbol, dans le Moyen-Chari, les affrontements meurtriers entre l’armée tchadienne et les combattants du Mouvement pour la paix, la reconstruction et le développement (MPRD) ont rappelé que les promesses de paix ne tiennent que si elles s’accompagnent d’actes politiques forts. Or, depuis des années, le pouvoir de N’Djamena mise sur un dialogue sélectif, calibré pour neutraliser les oppositions les plus conciliantes et marginaliser les groupes qui refusent de se plier à ses conditions.

Les combats du 13 janvier à Korbol ont marqué un tournant. Après un ultimatum de 48 heures lancé par les autorités, l’armée a engagé une opération contre les éléments du MPRD, provoquant plusieurs morts des deux côtés. Ces affrontements ne sont pas un accident : ils sont le produit d’un processus politique verrouillé, où le dialogue national, l’accord de Doha et les multiples consultations n’ont jamais réellement intégré les groupes armés non-alignés.

Le MPRD, absent de Doha, n’a jamais été considéré comme un interlocuteur légitime. Aujourd’hui, il répond par les armes à ce qu’il perçoit comme une stratégie d’exclusion.

Pendant que le Sud s’embrase, le Nord et l’Est du Tchad subissent une autre forme de déstabilisation. Le gouvernement tchadien a dénoncé de nouvelles incursions armées venues du Soudan, menées par des éléments des Forces de Soutien Rapide (FSR) engagés dans la guerre civile soudanaise.

Ces violations répétées du territoire tchadien, accompagnées d’attaques contre des civils et des forces de sécurité, montrent que le Tchad est devenu un espace tampon dans un conflit régional qui le dépasse. Elles révèlent aussi la fragilité d’un État qui peine à sécuriser ses frontières tout en gérant des foyers de rébellion internes.

Depuis la transition militaire, N’Djamena a multiplié les discours sur la réconciliation nationale. Mais les faits contredisent les slogans. Les groupes armés qui ont accepté de déposer les armes ont été absorbés ou neutralisés. Ceux qui ont refusé se retrouvent aujourd’hui dans la ligne de mire de l’armée.

Le message est clair : le dialogue n’est valable que s’il valide l’ordre établi.

Dans ce contexte, les politico-militaires qui se sentent trahis ou ignorés n’ont plus d’espace politique. Ils retournent donc à la seule langue que le pouvoir semble comprendre : la confrontation armée.

La simultanéité des crises – Korbol au Sud, incursions soudanaises à l’Est, tensions persistantes au Nord – montre que le Tchad n’est pas seulement confronté à des poches de violence, mais à une recomposition profonde de son paysage sécuritaire.

Si le pouvoir continue de privilégier la force au détriment d’un dialogue inclusif, le pays pourrait basculer dans une spirale où chaque région deviendra un front potentiel.

Korbol n’est pas un simple épisode local. C’est le symptôme d’un échec politique national. Lorsque le dialogue devient un outil de communication plutôt qu’un instrument de transformation, il perd toute crédibilité. Et lorsque les acteurs armés comprennent que la négociation ne leur offre aucune garantie, ils retournent à la logique de la guérilla.

Le Tchad se trouve aujourd’hui à la croisée des chemins : soit il ouvre un véritable espace politique, soit il devra affronter une multiplication des fronts. Et dans ce pays habitué aux transitions militaires, l’histoire montre que lorsque la parole échoue, les armes reprennent toujours le dessus. Vivement, a lundi prochain.

Djagbara Xavier