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Korbol en flammes : Le médiateur fait ses aveux d’impuissance

Alors que la province du Moyen-Chari s’enfonce dans une spirale de violence depuis plus d’un an (selon la Médiature de la République), le communiqué du Médiateur de la République sonne comme un aveu d’échec retentissant. Derrière les formules diplomatiques et les condoléances d’usage, se cache une réalité plus sombre : celle d’une institution à la traîne, incapable d’anticiper et de peser sur le cours des événements.

Un calendrier qui interroge

Le communiqué nous apprend que la situation sécuritaire à Korbol prévaut depuis le 13 janvier 2025. Nous sommes aujourd’hui le 16 janvier 2026. Il aura donc fallu attendre une année entière et le versement de sang et de larmes pour que la Médiature produise un document officiel faisant état de son « attention particulière ».

Pendant que les populations civiles subissaient les affrontements, les « intempéries » et l’impraticabilité des routes ont servi d’excuses à une troisième mission de médiation avortée. Comment justifier qu’une institution d’État, censée agir en urgence pour la paix, soit stoppée par une saison des pluies, laissant le champ libre aux groupes armés pour consolider leurs alliances « contre nature » ?

L’échec du dialogue et le renvoi de la balle

Le Médiateur déplore le « manque de volonté réelle » du MPRD (Mouvement pour la Paix, la Reconstruction et le Développement) pour signer un accord de paix. Si la mauvaise foi des rebelles est une évidence, le rôle d’un médiateur est précisément de briser ces impasses. Se contenter de « regretter vivement » l’échec d’un projet d’accord, c’est admettre que l’institution n’est plus qu’une chambre d’enregistrement des désastres.

Condamner les réseaux sociaux : l’écran de fumée ?

Plus frappant encore est la virulence avec laquelle le communiqué s’en prend aux « individus qui, depuis l’étranger, se réjouissent des malheurs de leurs compatriotes ». Si la désinformation est un fléau, l’acharnement sur ce point semble être une diversion commode. Est-ce vraiment la faute des réseaux sociaux si la sécurité n’est pas rétablie sur le terrain ? Est-ce la faute des « messages tendancieux » si les voies d’accès à Korbol sont impraticables pour les médiateurs mais apparemment ouvertes pour les belligérants ?

L’urgence d’une action concrète

Le communiqué se termine par un énième appel au dialogue et à la sagesse, invoquant la figure du Chef de l’État. Mais la paix ne se décrète pas par des communiqués de presse signés depuis les bureaux climatisés de N’Djamena.

La population de Korbol n’a que faire des « condoléances les plus attristées » si celles-ci ne sont pas suivies d’une présence réelle, d’une sécurisation effective et d’une médiation qui ne recule pas devant la boue des pistes ou l’arrogance des groupes armés. La nonchalance institutionnelle a un prix, et ce sont les citoyens qui le paient de leur vie.

DJAGBARA Xavier