
En plaçant Djimhoudel Faustin, président du Syndicat Indépendant des Enseignants du Tchad (SIET), sous mandat de dépôt ce 8 janvier 2025, les autorités tchadiennes franchissent un nouveau palier dans la répression. Entre dérive judiciaire et étouffement du dialogue social, cette arrestation sonne comme un aveu de faiblesse face à la détresse du système éducatif.
Le couperet est tombé. Après 48 heures de garde à vue, Djimhoudel Faustin a passé sa première nuit à la maison d’arrêt de Klessoum. Cette arrestation intervient après un appel à la grève des enseignants lancé par Djimoudouel Faustin pour protester contre la non-application d’un décret portant statut particulier des enseignants. Dans un communiqué rendu public, le ministère de l’éducation nationale et de la promotion civique a mis en garde des agissements d’un individu « sans base légal » sur les réseaux sociaux visant à perturber l’année scolaire en cours, tout en l’invitant à mettre fin immédiatement à toute communication publique illégal susceptible de troubler le fonctionnement normal de l’année scolaire.
Si officiellement, son interpellation semble liée l’appel à la grève qu’il a lancé en tant que président du SIET, officieusement, son interpellation semble liée à une obscure affaire foncière nommée « Sigueté II », dénoncé par certains journalistes.
L’Affaire « Sigueté II » : Un écran de fumée judiciaire
L’arrestation de Faustin Djimhoudel n’est pas seulement une attaque contre le syndicalisme, c’est une entorse flagrante aux principes élémentaires du droit. Impliqué comme simple garant dans ce dossier foncier, le président du SIET semble avoir été pris au piège d’une machination administrative.
Comme le souligne le journaliste Éric Ngarlem Toldé, la procédure frise l’absurdité : « En sa qualité de garant, il ne peut être arrêté sans délai préalable pour faire comparaître la personne concernée. » Pourtant, les autorités ont choisi la brutalité : un appel téléphonique, une garde à vue expéditive et une incarcération immédiate. Cette « chasse à l’homme » illustre une dérive inquiétante où la loi, loin d’être un bouclier pour le citoyen, devient un « gourdin » entre les mains du pouvoir pour intimider les voix discordantes.

Dialogue de sourds et répression syndicale
Cette arrestation intervient dans un climat de tension extrême. Le ministère de l’Éducation nationale, par voie de communiqué, avait déjà qualifié le leader syndical d’individu « sans base légale », l’accusant de perturber l’année scolaire. Une rhétorique qui occulte la réalité du terrain : les enseignants tchadiens travaillent dans des conditions frôlant l’indigence, asphyxiés par l’inflation et le non-respect des engagements gouvernementaux.
Au lieu de répondre à la détresse des salles de classe, le gouvernement préfère la voie de la force. Mais emprisonner un leader n’a jamais suffi à remplir les assiettes des fonctionnaires, ni à équiper les écoles. En s’attaquant au SIET, l’État s’attaque au dernier rempart de l’école publique et sacrifie l’avenir d’une jeunesse tchadienne déjà suffocante.
Un silence assourdissant
Face à ce que le SIET qualifie d’arrestation « arbitraire », le silence du ministre de la Justice, Garde des Sceaux, est assourdissant. L’État de droit ne peut être une simple formule de tribune ; il doit être une réalité tangible qui protège contre l’arbitraire.
Aujourd’hui, Djimhoudel Faustin est devenu le symbole d’un Tchad où l’obsession du pouvoir n’est plus la recherche de la vérité, mais l’étouffement des revendications sociales. La libération immédiate du président du SIET n’est pas seulement une exigence syndicale, c’est une nécessité absolue pour la survie de la justice et le maintien d’une paix sociale déjà bien fragile.
