
L’année 2026 débute dans un climat de tension à l’École Nationale Supérieure des Technologies de l’Information et de la Communication (ENASTIC) d’Amdjarass, dans le chef-lieu de la province de l’Ennedi Est. Selon plusieurs médias, un conflit interreligieux aurait éclaté entre étudiants musulmans et chrétiens, faisant plusieurs blessés et provoquant une onde de choc dans la communauté universitaire.
Un prêche controversé à l’origine des tensions
À l’origine de cette escalade, un message virulent attribué à Cheikh Yahya bin Ibrahim Khalil, leader du groupe salafiste Ansar al-Sunna al-Muhammadiyya. Dans ce prêche relayé par le média Réveil du Sahel, le prédicateur affirme que « participer aux fêtes des non-musulmans est interdit » et que « féliciter les non-musulmans à l’occasion de leurs fêtes demeure un péché grave, comme la consommation d’alcool ou l’adultère ». Ces propos, bien que présentés comme une opinion religieuse, ont été largement critiqués pour leur caractère stigmatisant et leur potentiel incitatif à la haine. Ils ont été formellement démentis par le Conseil Supérieur des Affaires Islamiques du Tchad, qui a publié un communiqué appelant les musulmans à faire preuve de fraternité et à souhaiter les vœux de fête à leurs concitoyens non-musulmans.

Selon un étudiant joint sous couvert d’anonymat, des affrontements auraient eu lieu dans l’enceinte de l’ENASTIC : « Actuellement où j’écris, plusieurs jeunes chrétiens sont pris en charge à l’hôpital et d’autres encore sont inconscients suite aux bastonnades. Les étudiants musulmans interdisent les non-musulmans d’entrer dans leur salle. »
Ces actes, s’ils sont confirmés, constituent une atteinte grave à la liberté de culte, à la sécurité des étudiants et aux principes fondamentaux du vivre-ensemble. Ils illustrent les conséquences directes que peuvent avoir des discours religieux extrémistes lorsqu’ils sont diffusés sans filtre ni contre-discours.
Le rôle des médias et des autorités religieuses
Face à la montée des discours clivants, le rôle des médias et des autorités religieuses devient crucial. Le Tachad.com, média en ligne, dans une publication récente, a relayé la position du Conseil Supérieur des Affaires Islamiques, affirmant que « la félicitation du Nouvel An est autorisée ». Ce contre-discours, fondé sur une lecture inclusive de l’islam, vise à apaiser les tensions et à rappeler que la foi ne doit jamais être instrumentalisée pour diviser.

Appel à la responsabilité et à la vigilance
Ce triste épisode doit servir d’alerte. Les prêches haineux, lorsqu’ils sont diffusés sans discernement, peuvent engendrer des violences réelles. Il est impératif que les institutions religieuses, les médias et les autorités éducatives travaillent de concert afin de promouvoir un islam du dialogue et de la paix tout en sanctionnant les discours incitatifs à la haine
La liberté religieuse est un droit fondamental. Elle ne peut être bafouée au nom d’interprétations radicales ou de discours sectaires. Les événements survenus à l’ENASTIC d’Amdjarass rappellent que la vigilance est de mise face à toute parole publique susceptible de fracturer le tissu social. Il est temps de renforcer les mécanismes de régulation des discours religieux et de réaffirmer, avec force, que le Tchad est une nation plurielle, unie dans sa diversité.
