
Le communiqué de presse de l’Autorité Indépendante de Lutte contre la Corruption (AILC), publié le 29 décembre 2025, marque un tournant dans les rapports entre institutions de contrôle et pouvoir exécutif au Tchad. En réponse aux déclarations du ministre d’État en charge des Finances, Tahir Hamit Nguilin, l’AILC défend avec fermeté la légitimité de ses redressements, estimés à 910 milliards FCFA sur la période 2021–2025.
Les redressements opérés par l’AILC ne sont pas des estimations vagues, ils reposent sur des audits rigoureux de documents comptables et fiscaux transmis par les entités elles-mêmes. Ils révèlent des pratiques alarmantes. Exonérations fiscales illégales, dégrèvements injustifiés, recettes non reversées au Trésor, et marchés publics irréguliers. Ces faits relèvent directement de l’administration financière, dont le ministre Tahir Hamit Nguilin est le garant.

Plutôt que de répondre par des explications claires ou des contre-analyses, le ministre Tahir Hamit Nguilin a choisi de contester publiquement le travail de l’AILC devant le Sénat. Cette posture soulève une question fondamentale : peut-on défendre la transparence tout en discréditant les organes indépendants qui la garantissent ?
L’analyse de Bohor Mahamat Zene, un observateur Tchadien, pointe une tentative de dépolitisation forcée du débat. En contestant les chiffres sans les réfuter sur le fond, le ministre semble vouloir neutraliser les contrôles, notamment à travers des mécanismes de compensation post-redressement, dont le montant dépasse 98 milliards FCFA.

L’intervention du ministre dans les processus de compensation, notamment auprès des établissements bancaires, pose un problème de gouvernance. Elle pourrait être interprétée comme une ingérence visant à atténuer les effets des redressements, voire à protéger certains intérêts. L’AILC, dans son communiqué, met en garde contre toute tentative de blocage ou de détournement de sa mission.
La réaction du ministre des Finances, loin d’apaiser les tensions, renforce les soupçons sur la gestion des ressources publiques. Elle appelle à une clarification urgente, à la fois institutionnelle et politique. La lutte contre la corruption ne peut être crédible sans vérité, responsabilité et transparence — trois principes que l’AILC semble incarner, malgré les pressions.

Ce bras de fer entre l’AILC et le ministère des finances révèle les fragilités de l’architecture de contrôle au Tchad. Il ne s’agit plus seulement de chiffres, mais de la capacité de l’État à se soumettre à ses propres règles. Le peuple tchadien, en quête de justice et de redevabilité, mérite des réponses claires — pas des manœuvres d’évitement.
Djagbara Xavier
