
Après sept mois de disparition forcée et de détention dans l’ombre, Siguidé Djimtoïdé, délégué du parti Les Transformateurs, a recouvré la liberté ce 29 décembre 2025. Un dénouement qui met fin à une attente insoutenable pour ses proches, mais qui ravive les interrogations sur des méthodes de répression jugées indignes d’un État dit de droit.
C’est par un laconique message sur les réseaux sociaux que le parti de Succès Masra a confirmé la nouvelle : Siguidé Djimtoïde est libre. Mais derrière cette annonce se cache le récit d’une incarcération marquée par l’illégalité, depuis son enlèvement jusqu’à sa séquestration prolongée. Un enlèvement digne d’un film d’espionnage. Tout commence le 22 mai 2025.
Le scénario décrit par ses avocats lors de leurs sorties médiatiques est celui d’une traque orchestrée. Avant son arrestation, le militant avait été harcelé par des appels anonymes d’individus se faisant passer pour des officiers de police judiciaire. Face à son refus de céder à l’intimidation, les ravisseurs ont tenté d’utiliser son petit-frère comme appât. Le piège s’est finalement refermé via une connaissance : un ancien collègue sollicitant une rencontre. C’est lors de ce rendez-vous que le militant disparaît. Ce qui a suivi a confirmé, selon ses conseils, le caractère forcé de cette absence. Une publication suspecte sur son compte Facebook annonçant sa « démission » du parti. Un texte dont le style, étranger à celui de Siguidé, laissait présager une rédaction sous la contrainte ou par des tiers ayant accès à ses appareils.
Sept mois de vide juridique et de torture morale. Pendant plus de 210 jours, Siguidé Djimtoïde n’a été qu’un nom sur une liste de détenus invisibles. Ni sa famille, ni ses avocats n’ont eu accès à lui. Ce silence de l’administration a été dénoncé comme une séquestration pure et simple, opérée par les services de renseignement. Le collectif d’avocats, dirigé par Me Djekilambert Mannro, n’a cessé de marteler que cette détention était dénuée de tout fondement légal. L’absence de mandat d’arrêt au moment des faits, le non-respect des délais de garde à vue, l’inaccessibilité aux soins et à la défense. L’insistance sur le « caractère injuste » de son sort n’était pas seulement un argument de plaidoirie, mais un constat de violation flagrante de la Charte de la république et des conventions internationales ratifiées par le Tchad.

L’affaire Siguidé Djimtoïde illustre une fois de plus les risques encourus par les militants de l’opposition au Tchad. En ciblant des cadres intermédiaires et des coordonnateurs, le message semble clair, décourager la base militante par la peur et l’isolement. Si la libération de ce 29 décembre est un soulagement, elle ne saurait effacer les sept mois de vie volés, ni les traumatismes physiques et psychiques évoqués par ses défenseurs. Reste à savoir si le militant et son parti choisiront de poursuivre les responsables de cet enlèvement devant les juridictions compétentes. Pour l’heure, Les Transformateurs célèbrent le retour d’un « militant irréversiblement convaincu », dont la résilience est devenue, malgré lui, un symbole de la lutte pour les libertés civiles au Tchad.
La rédaction
