
Ce lundi 29 décembre 2025 marquera une pierre noire dans l’édifice de la justice tchadienne. Dans un silence assourdissant de la conscience républicaine, le Sénat a entériné la « blanchisserie » politique de l’un des visages les plus controversés de ces deux dernières décennies : Mahamat Zene Bada. Par 61 voix contre 0, le Sénat a ratifié l’amnistie générale d’un homme que beaucoup considèrent comme l’un des principaux architectes du naufrage institutionnel et moral du pays.
L’amnistie accordée à l’ancien Secrétaire Général du MPS n’est pas un acte de clémence isolée ; c’est le signal d’un système qui se barricade derrière l’impunité pour assurer sa survie. En effaçant d’un trait de plume les griefs portés contre Zene Bada, le pouvoir actuel ne cherche pas la réconciliation nationale, mais la consolidation d’une caste d’insubsubmersibles.
Pendant des années, Mahamat Zene Bada a incarné ce Tchad où la loyauté partisane l’emportait sur l’intérêt général. Pour les citoyens qui ont vu les services publics s’effondrer, les libertés se restreindre et la corruption devenir une méthode de gouvernance, cette amnistie ressemble à une seconde crucifixion.
Le rôle du Sénat, dans toute démocratie saine, est de tempérer les ardeurs de l’exécutif et de garantir l’équilibre des pouvoirs. Or, ce 29 décembre, les sénateurs ont agi comme une simple chambre d’enregistrement, validant l’ordonnance n° 001/PR/2025 avec une docilité déconcertante. Un score qui révèle l’absence totale de pluralisme au sein de cette institution. À aucun moment le débat n’a semblé porter sur le préjudice subi par le peuple tchadien. On institutionnalise l’idée que plus on a contribué à affaiblir l’État, plus on a de chances d’être « blanchi » par lui.

Le pouvoir justifie souvent ces mesures par la nécessité de la « paix sociale ». Mais de quelle paix parle-t-on ? Une paix bâtie sur l’oubli forcé et l’injustice flagrante est une bombe à retardement. On ne soigne pas les plaies d’une nation en y injectant le poison de l’impunité.
En amnistiant Mahamat Zene Bada, le Tchad dit à sa jeunesse : « Ne soyez pas intègres, soyez influents. Ne servez pas le pays, servez le clan. » C’est une insulte aux milliers de diplômés sans emploi, aux entrepreneurs rackettés et aux activistes emprisonnés pour avoir simplement réclamé plus de transparence.
Mahamat Zene Bada sort de cette épreuve avec un casier vierge, prêt à reprendre sa place dans le grand jeu politique. Mais aux yeux de l’histoire et de la population, la tache demeure indélébile. Cette amnistie ratifiée par le Sénat est la preuve ultime que, pour l’élite tchadienne, la loi est une toile d’araignée : elle attrape les petites mouches et laisse passer les frelons.

Le Tchad reste crucifié sur l’autel des arrangements entre amis, attendant toujours le jour où la justice ne sera plus une monnaie d’échange, mais un pilier inébranlable pour tous.
