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Tchad – Soudan : pourquoi les accusations visant le régime tchadien doivent être examinées jusqu’au bout ?

Alors que la guerre au Soudan continue de provoquer l’une des pires crises humanitaires de la région, une plainte déposée devant la Cour pénale internationale (CPI) par l’ONG Priority Peace Sudan, basée en Norvège, vient jeter une lumière crue sur le rôle présumé du Tchad dans l’alimentation du conflit. Selon l’organisation, des responsables tchadiens de premier plan auraient facilité le transfert d’armements en provenance des Émirats arabes unis vers les Forces de Soutien Rapide (FSR), un groupe paramilitaire accusé de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité au Soudan.

D’après Priority Peace Sudan, les cargaisons d’armes auraient transité par le territoire tchadien avant d’être livrées aux RSF, en violation des normes internationales et en contradiction avec les engagements du Tchad en matière de sécurité régionale.

L’ONG affirme avoir transmis à la CPI un dossier comprenant :

  • des documents logistiques liés aux transferts d’armements,
  • des témoignages de membres de la société civile soudanaise,
  • des analyses d’experts régionaux,
  • des informations recoupées par des observateurs internationaux.

Les noms cités dans la plainte incluent des figures centrales de l’appareil sécuritaire tchadien, notamment les responsables du renseignement, commandants militaires et conseillers présidentiels.

Si ces accusations étaient avérées, elles constitueraient une complicité directe ou indirecte dans des crimes internationaux, un motif suffisant pour justifier l’ouverture d’une enquête formelle par la CPI.

Un contexte régional impétueux

Le conflit soudanais oppose l’armée régulière aux FSR, dont les exactions — massacres, violences sexuelles, déplacements forcés — ont été largement documentées par l’ONU, Human Rights Watch et Amnesty International. Toute assistance matérielle à ces groupes armés, volontaire ou non, pourrait être interprétée comme une participation à des crimes graves.

Le Tchad, pays frontalier, joue un rôle stratégique dans la région. Officiellement, N’Djamena se présente comme un acteur de stabilité. Mais les dynamiques transfrontalières, les alliances fluctuantes et les intérêts géopolitiques rendent la situation plus complexe qu’il n’y paraît.

Pourquoi une enquête internationale est indispensable ?

 

Pour établir la vérité dans un contexte opaque

Les relations entre le Tchad, les Émirats arabes unis et les factions soudanaises sont marquées par des zones d’ombre. Une enquête indépendante permettrait de clarifier les responsabilités et d’éviter que la région ne sombre davantage dans l’impunité.

Pour protéger les populations civiles

Si des États ou des responsables politiques contribuent — même indirectement — à alimenter un conflit meurtrier, il est essentiel que cela soit mis au jour. La CPI a précisément été créée pour empêcher que des crimes graves restent sans réponse.

Pour envoyer un signal fort aux régimes autoritaires dont celui du Tchad

Le Tchad traverse une période d’instabilité politique. Les accusations visant des responsables de haut niveau, si elles sont ignorées, pourraient renforcer un sentiment d’impunité au sein d’un appareil sécuritaire déjà critiqué pour des violations des droits humains.

Pour éviter la manipulation politique du dossier

Tant que la vérité n’est pas établie, chaque camp peut instrumentaliser l’affaire :

  • le gouvernement tchadien en dénonçant une « cabale »,
  • l’opposition en y voyant la preuve d’un régime prédateur,
  • les acteurs régionaux en s’en servant comme levier diplomatique.

Seule une enquête impartiale peut couper court à ces narratifs concurrents.

Un test pour la CPI et pour la communauté internationale

La CPI a déjà été critiquée pour sa lenteur et pour sa difficulté à traiter des dossiers impliquant des dirigeants en exercice. L’affaire tchadienne représente un test majeur :

  • la capacité de la Cour à enquêter sur des États stratégiques,
  • la volonté de la communauté internationale de faire respecter le droit,
  • la crédibilité des mécanismes de justice internationale en Afrique centrale.

Si les accusations sont fondées, les responsables — quels que soient leurs rangs — devront répondre de leurs actes. Si elles ne le sont pas, une enquête rigoureuse permettra de dissiper les doutes et de restaurer la confiance.

Dans une région où les conflits s’enchaînent et où les populations paient le prix fort, la transparence et la responsabilité ne sont pas des luxes, mais des nécessités. Poursuivre l’examen des accusations visant le régime tchadien n’est pas un acte hostile : c’est une étape indispensable pour comprendre les dynamiques du conflit soudanais, protéger les civils et renforcer l’État de droit.

La justice internationale n’a de sens que si elle s’applique à tous, sans exception.

La Rédaction