
La semaine tchadienne qui s’est achevée a été marquée par une profonde désillusion pour les citoyens qui nourrissent encore l’espoir d’un avenir meilleur.
L’événement qui a le plus choqué est sans doute la vidéo d’une célébration de mariage qui a viré au drame lorsque des tirs de réjouissance ont mortellement atteint le marié. Cette scène, d’une violence et d’une absurdité effrayantes, met cruellement en lumière l’urgence de la prolifération des armes légères et de gros calibre dans le pays. Elle confirme, s’il en était besoin, l’absence de contrôle réel de la sécurité des Tchadiens, un constat que d’autres ne trouvent malheureusement plus surprenant tant ces incidents sont fréquents.
Pendant que des convives se transforment en bourreaux de leurs hôtes, ailleurs, comme dans la Tandjilé, le chef de village de Tchiré est enlevé par des individus non identifiés. Le pays tout entier ploie sous le poids de l’irresponsabilité de ses dirigeants.
La célébration récente de la proclamation de la République du Tchad sonne comme un rappel urgent à la prise de conscience pour le pouvoir en place. Soixante-sept ans après le vote du 28 novembre 1958, qui consacrait le « choix irrévocable d’une nation qui a décidé de se reconnaitre pleinement dans les valeurs d’une république indépendante et souveraine » (selon le Président Mahamat Deby), une question lancinante demeure : sommes-nous réellement autonomes ?
Les indicateurs, sociaux comme économiques, pointent un déséquilibre criard : la domination de certains Tchadiens sur d’autres interroge l’esprit de cette République. Beaucoup s’abstiennent de reconnaître l’échec d’un système qui ne cesse de mendier l’aide internationale, vit au rythme des dettes et figure au bas de presque tous les classements sous-régionaux et mondiaux. Cette situation fait craindre, comme le souligne Arnaud Djigamadji, « un retour à la monarchie ou à l’empire », perçu comme « un recul historique ».

Sur le tableau de bord national, tous les voyants sont au rouge. Pourtant, les responsables chargés de conduire le pays à bon port continuent d’avancer tête baissée, ignorant les alertes.
Au milieu de cette kyrielle de lamentations, des éclats de lumière jaillissent. À Paris, le mouvement Le Pacte des Bâtisseurs, mené par Abdelkerim Yakhoub Koundougoumi, a tenu son premier congrès national.
Ce rassemblement marque la structuration d’un mouvement politique basé sur un changement de paradigme pour mieux affronter le système, et sur la conciliation intergénérationnelle pour l’égalité de tous. Réunissant plusieurs membres de l’opposition tchadienne en France, ce fut un moment d’échanges sans langue de bois ni crainte de répression – un véritable instant de démocratie qu’ils aspirent tous à vivre dans leur pays d’origine.

Ainsi, la semaine écoulée fut donc, pour les Tchadiens, une semaine de surprises amères. Surprise pour le peuple d’entendre son dirigeant parler d’indépendance et de souveraineté, alors qu’il croupit dans la poussière de la misère. Surprise pour les hôtes de voir leurs invités leur arracher la vedette — et leur vie — par leur vantardise funeste.
Si ailleurs la surprise vise à faire plaisir, au Tchad, elle sert trop souvent à tuer, bâillonner ou intimider, car certains Tchadiens se considèrent au-dessus des autres. Il est temps que le peuple tchadien s’arme d’un courage nouveau et réserve une surprise réelle et constructive à ses dirigeants, afin de sortir de cette misère grandissante.
Vivement, à lundi prochain.
DJAGBARA Xavier
