
Le secteur de l’or au Tchad, particulièrement dans les régions aurifères du Nord (comme le Tibesti et le Borkou), est devenu le théâtre d’un scandale de pillage institutionnalisé, où la Société Nationale d’Exploitation et de Commercialisation des Ressources Minières (SONEMIC) est accusée d’être l’instrument d’un système de racket opaque au détriment des orpailleurs artisanaux et du Trésor Public.
Le mécanisme de la SONEMIC : racket officiel sous couvert de loi
La création de la SONEMIC visait officiellement à structurer l’exploitation aurifère, à garantir la traçabilité du minerai et à maximiser les recettes de l’État. Cependant, des témoignages concordants et des enquêtes (dont celles relayées par TchadOne) dénoncent un fonctionnement qui s’apparente à une véritable mafia d’État.

La fixation arbitraire des prix
Le cœur du système réside dans le monopole d’achat imposé par la SONEMIC :
– Prix brisé : Les agents de la SONEMIC exigent que tout l’or extrait soit vendu exclusivement à eux, à un prix fixé 40% en dessous de la valeur réelle du marché. Par exemple, l’or qui se négocie autour de 55 000 FCFA le gramme est confisqué à 35 000 FCFA ;
– Marges colossales : Cette différence de prix (20 000 FCFA par gramme) ne bénéficie pas au budget national, mais alimenterait un circuit parallèle au profit des intermédiaires, des agents de la société, et de leurs protecteurs au sommet de l’appareil d’État.
La terreur comme moyen d’action
Pour garantir ce monopole et briser toute résistance, la répression est systématique et brutale, selon les orpailleurs.
Ceux qui tentent de vendre leur or à des prix conformes au marché réel sont menacés d’arrestation, de torture et d’emprisonnement. Les témoignages font état d’actes de violence extrêmes, perpétrés par des hommes armés opérant souvent sous l’autorité de généraux ou d’agents locaux liés au pouvoir, qui agissent en toute impunité. La peur contraint les orpailleurs à se soumettre à ce « racket d’État ».

L’Or du Peuple vers le Clan : un appauvrissement national
Ce système de prédation a des conséquences directes et dramatiques pour le peuple tchadien. Les millions de Francs CFA perdus sur chaque gramme d’or représentent des milliards qui échappent à l’économie légale et au budget de l’État. Ces fonds pourraient être réinvestis dans des services publics essentiels (santé, éducation, infrastructures).
Les petits orpailleurs et les communautés locales qui vivent de cette activité sont les premières victimes. Ils sont dépouillés du fruit de leur labeur et maintenus dans une extrême pauvreté. Le différentiel des prix de l’or alimente un système d’enrichissement rapide et illicite au profit d’une minorité liée au régime en place. Cet or, souvent exporté via des circuits discrets, contribue à cimenter le pouvoir économique et politique du clan dominant et de ses alliés militaires.

Une politique minière en échec
Au-delà de l’aspect criminel, ce scandale met en évidence l’échec d’une politique minière qui, sous prétexte de nationalisme économique, se transforme en instrument de confiscation des richesses. Alors que le Tchad peine à financer son Plan National de Développement (PND) et fait face à des grèves chroniques dans la fonction publique, les ressources naturelles vitales sont siphonnées par des réseaux mafieux tolérés, voire orchestrés, par des segments du pouvoir.

L’absence de transparence, l’impunité des acteurs armés et la mainmise de l’armée sur les zones aurifères sont des indicateurs d’une gouvernance défaillante et d’une capture de l’État par des intérêts privés et militaires.
Si la SONEMIC a été créée pour assurer la souveraineté du Tchad sur ses richesses, elle est perçue par beaucoup comme l’incarnation de la prédation économique qui enrichit une minorité au détriment de l’ensemble de la nation Tchadienne.
