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Tchad : La Purge Silencieuse – Mahamat Déby face au spectre de ses alliés d’hier

L’accession au pouvoir du maréchal Mahamat Idriss Déby Itno après le décès de son père, Idriss Déby Itno, en avril 2021, a reposé sur une alliance stratégique avec des figures clés de l’appareil sécuritaire et politique. Cependant, deux ans après la prise de fonctions, le régime de transition semble se consolider par une purge discrète mais systématique de ces fidèles alliés, dont la popularité croissante est perçue comme une menace existentielle.

La récente vague d’emprisonnements visant des figures autrefois intouchables, comme Idriss Youssouf Boy et Fatimé Boukar Kosei, illustre la crainte d’une contestation interne et la volonté de Mahamat Déby de s’affranchir des « parrains » du régime.

Les alliés de la consolidation : piliers du régime

Lors de la transition, l’un des défis majeurs de Mahamat Déby fut d’assurer la loyauté de l’armée et de consolider le soutien des différentes composantes du système. Des personnalités comme Idriss Youssouf Boy et Fatimé Boukar Kosei ont joué un rôle crucial, chacun dans leur sphère d’influence.

Idriss Youssouf Boy, ancien directeur de cabinet du président, son conseiller et cousin et fidèle ami, était une figure influente, particulièrement au sein des communautés du Nord et de l’appareil sécuritaire. Sa capacité à mobiliser des soutiens et son poids politique constituaient un contrepoids dans le paysage sécuritaire.

Fatimé Boukar Kosei, souvent associée aux questions sociales et politiques, sa popularité dans certains milieux et sa proximité avec des figures clés l’aurait rendu potentiellement dangereuse si elle choisissait l’opposition.

Leur influence et leur capacité à nouer des liens directs avec la population ont fini par les transformer, aux yeux du sommet de l’État, en rivaux potentiels pour le leadership à long terme.

L’emprisonnement : Le prix de la popularité

Les arrestations et les emprisonnements de ces figures clés, souvent sous des motifs officiels peu convaincants, sont interprétés comme le signal d’une stratégie d’élimination politique visant à neutraliser toute source de dissidence ou de rivalité interne.

En écartant des figures puissantes et populaires, le pouvoir tente de couper court à toute tentative de ralliement d’une opposition interne. L’objectif est d’éviter que ces alliés ne deviennent des figures de proue d’une future contestation.

Ces purges servent à asseoir l’autorité personnelle de Mahamat Déby, démontrant à tous les échelons du pouvoir que personne n’est intouchable. C’est un message clair envoyé aux autres potentiels rivaux : la loyauté doit être totale et inconditionnelle.

Les alliés écartés sont souvent ceux qui contrôlaient des leviers financiers ou des réseaux d’influence. Leur emprisonnement permet au clan dominant de reprendre la main sur ces circuits de pouvoir et de ressources.

L’emprisonnement d’Idriss Youssouf Boy et de Fatimé Boukar Kosei n’est pas seulement un fait divers judiciaire ; c’est un symptôme de la paranoïa du pouvoir face à ceux qui pourraient, en raison de leur base populaire, remettre en question la suprématie du maréchal.