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PND Tchad : Priorité au développement ou au déni social ? Le dilemme des milliards face aux grèves de la fonction publique

Le Tchad, confronté à des défis sociaux structurels majeurs, est engagé dans une vaste stratégie de développement à long terme, incarnée par son Plan National de Développement (PND), notamment la version récente baptisée « Tchad Connexion 2030 ». Ce plan prévoit des investissements massifs (évalués à des dizaines de milliards de dollars, en mobilisant notamment le secteur privé) visant à transformer l’économie et à positionner le pays comme une puissance sous-régionale émergente.

Cependant, cette ambition macroéconomique se heurte à une réalité sociale et structurelle difficile, donnant lieu à une interrogation légitime : l’État tchadien fait-il un détournement de priorité en investissant dans le PND alors que les structures étatiques sont régulièrement paralysées par des mouvements de grève ?

Le chantier du PND : une mobilisation de ressources colossale

Le PND (qu’il s’agisse des versions précédentes 2017-2021 ou de la nouvelle feuille de route pour 2030) est présenté par le gouvernement comme l’unique voie vers la sortie de crise et le développement durable. Il s’articule autour de grands axes telles que :

– La croissance économique accélérée et durable ;

– La transformation qualitative des structures institutionnelles et sociales ;

– Des projets structurants dans l’énergie, les infrastructures, et l’agro-industrie…

Ces objectifs nécessitent l’organisation de tables rondes internationales pour séduire les investisseurs privés et obtenir des financements extérieurs substantiels. La mobilisation de ces fonds est centrale à la réussite du plan.

La réalité des grèves : symptômes des carences Étatiques

Parallèlement à ces efforts de planification, la fonction publique tchadienne est marquée par des cycles récurrents de grèves illimitées ou de grande ampleur (observées notamment en 2018, 2020 et 2021). Ces mouvements sociaux sont la conséquence directe des mesures d’austérité imposées par le gouvernement pour assainir les finances publiques et répondre aux exigences des bailleurs de fonds internationaux.

Les revendications des syndicats sont souvent liées :

– Au dégel des effets financiers des avancements et reclassements ;

– Au paiement des arriérés de primes et indemnités ;

– À l’amélioration des conditions de travail dans des secteurs vitaux comme la santé et l’éducation…

L’effet de ces grèves est dévastateur : paralysie des structures étatiques (écoles, hôpitaux, administrations), ralentissement du développement socio-économique et mécontentement généralisé des usagers.

Le détournement de la priorité : une Critique fondée ?

L’investissement massif dans des projets de développement à long terme (PND) alors que le capital humain et le fonctionnement de base de l’État sont affaiblis par des grèves soulève la critique d’un détournement de la priorité :

– Le court terme contre le long terme : Les critiques estiment qu’un État ne peut pas construire une « puissance régionale » (objectif du PND) si ses fondations sociales sont minées par l’instabilité et la colère des fonctionnaires ;

– L’attractivité des investissements : Comment garantir le succès d’un plan ambitieux si le climat social est délétère, si l’administration est régulièrement en cessation d’activité et si l’insécurité sociale décourage les entrepreneurs locaux ? Les problèmes structurels (gouvernance à améliorer, corruption perçue comme élevée) mentionnés dans les rapports sur le Tchad ne sont pas résolus par les seuls projets d’investissement ;

– Le paradoxe de la vision : Le PND met en avant la nécessité d’améliorer les services sociaux de base (éducation, santé). Or, le financement des revendications sociales, qui permettrait de mettre fin aux grèves et de relancer ces secteurs, semble relégué au second plan par rapport à l’injection de milliards dans de grands projets.

En somme, si le PND est vital pour la croissance future, le maintien d’une grogne sociale persistante suggère que le Tchad doit d’abord investir dans la stabilité sociale et la performance de ses services publics pour que le cadre macroéconomique du PND puisse être pleinement efficace.