Chadian's reporter

Site géré par des journalistes indépendants traitant de l’actualité tchadienne

CNJT : l’heure de la maturité et de la responsabilité a sonné

Le Conseil National de la Jeunesse du Tchad (CNJT), censé incarner la vitalité et l’unité de la jeunesse tchadienne, fait l’objet d’un affront sans précédent depuis son 5ᵉ congrès à Abéché. Entre divisions, querelles de leadership et perte de repères, l’institution risque de faillir à sa mission régalienne : servir la jeunesse et porter haut les valeurs de citoyenneté, de fraternité et de développement.

Quand la maison des jeunes vacille

Le CNJT, jadis perçu comme un espace de cohésion, de réflexion et d’innovation au service de la jeunesse tchadienne, semble aujourd’hui s’éloigner de sa vocation première. Depuis le congrès d’Abéché, le climat de confiance s’est détérioré, laissant place à des tensions et à des rivalités internes. L’image d’un organe unificateur et dynamique se fissure, au grand dam d’une jeunesse en quête de repères, de parapluie politique et d’opportunités.

Les divisions qui minent le Conseil révèlent une crise de gouvernance plus profonde, nourrie par des ambitions personnelles et des interprétations partisanes des textes fondateurs. Ce triste spectacle, exposé au grand jour, contraste douloureusement avec la devise du CNJT : Citoyenneté – Fraternité – Développement. Là où devrait régner le dialogue, on observe désormais des luttes d’influence et des querelles d’ego.

Le CNJT ne peut se permettre de devenir un champ de bataille politique. Loin d’être une propriété privée ou une scène de rivalités, il doit demeurer le creuset d’un engagement collectif tourné vers le progrès. C’est dans l’unité et la discipline que la jeunesse tchadienne pourra redevenir une force de proposition et d’action au service du pays.

Le leadership, un champ de bataille

À chaque congrès, les mêmes discordes refont surface : contestations électorales, accusations d’irrégularités et affrontements verbaux. Ces dérives traduisent une conception dévoyée du leadership, où le pouvoir est perçu comme un privilège et non comme une responsabilité. Or, les textes du CNJT sont sans ambiguïté : selon l’article 19 du Statut, le président n’est que l’exécutant des décisions du bureau, non le maître.

Le CNJT n’a pas vocation à servir de tremplin politique ni de refuge pour ambitions personnelles. C’est une institution faitière, représentative de toute la jeunesse du pays, et non l’instrument d’un clan ou d’un individu. Manipuler ses textes ou instrumentaliser son fonctionnement revient à trahir sa mission et à fragiliser davantage la confiance des jeunes dans leurs propres structures.

Le véritable leadership n’est pas une démonstration d’autorité, mais un exercice d’écoute et de cohésion. Les dirigeants du CNJT doivent se rappeler qu’ils tiennent entre leurs mains une responsabilité morale : incarner la maturité politique de la nouvelle génération. Le pouvoir ne se conquiert pas par la division, mais par la capacité à rassembler et à servir. Et l’humilité, l’écoute, la patience doivent être les attributs du caractère d’un dirigeant.

Le président face à son devoir

Être président du CNJT, c’est avant tout accepter de servir et non de régner. La grandeur d’un dirigeant se mesure à sa capacité à faire prévaloir l’intérêt collectif sur les considérations personnelles. Dans un contexte où chaque geste et chaque mot sont scrutés, le président doit faire preuve de sang-froid, de discernement et d’un profond respect des textes qui fondent l’institution.

Le CNJT n’est pas un parti politique. Il ne doit être ni l’ombre d’un courant idéologique, ni la cour arrière d’un acteur partisan. Les jeunes qui y militent doivent se souvenir qu’ils incarnent la relève nationale — une génération appelée à gouverner demain avec intégrité et compétence. L’heure n’est plus aux calculs d’appareil, mais à la reconstruction d’une crédibilité collective.

C’est dans la transparence, la concertation et l’exemplarité que le président pourra restaurer la confiance et l’unité. L’institution a besoin d’un cap clair et d’un leadership rassembleur, capable de transformer les turbulences en opportunités de refondation.

Pour une jeunesse responsable et visionnaire

Le Tchad traverse une période où les défis économiques et sociaux sont immenses : chômage endémique, désillusion civique, fractures politiques, intercommunautaires et régionales. Dans ce contexte, la jeunesse constitue à la fois la première victime et la première ressource du pays. Le CNJT devrait être un levier d’action, un catalyseur de projets porteurs d’espoir et de changement.

Chaque conflit interne détourne l’institution de sa raison d’être. Pendant que les querelles s’enchaînent, les jeunes perdent un espace d’expression et d’influence. Le CNJT doit redevenir un laboratoire d’idées, un incubateur d’initiatives, un interlocuteur crédible face aux décideurs publics et privés.

La maturité politique de la jeunesse tchadienne se mesurera à sa capacité à surmonter les divisions et à travailler ensemble pour l’avenir du pays. C’est en prônant la discipline, l’unité et la responsabilité que les jeunes pourront enfin conquérir le respect et la considération qu’ils méritent.

Pour que le CNJT renaisse

L’avenir du CNJT repose sur un sursaut collectif. Les ambitions personnelles doivent s’effacer devant l’intérêt général, et le président doit incarner la sagesse, la neutralité et la vision dont l’institution a besoin. La jeunesse tchadienne ne doit pas se contenter de dénoncer les dysfonctionnements : elle doit s’engager pour les corriger, par la concertation, la rigueur et la loyauté.

Le CNJT doit redevenir une école de responsabilité et un symbole d’exemplarité. Chaque jeune, chaque membre du bureau, chaque délégué doit se souvenir qu’il porte la voix d’une génération que le pays regarde avec espoir. L’histoire retiendra ceux qui auront choisi l’unité et la réforme plutôt que la division et la discorde.

Le temps est venu de reconstruire. La jeunesse tchadienne mérite mieux qu’un théâtre de querelles internes : elle mérite une institution forte, visionnaire et éthique. Le CNJT peut et doit renaître — à condition que ses acteurs acceptent enfin de mettre la maturité au service du collectif. Quitte aux jeunes de faire une différence entre les appartenances politique, religieuse, sectaires, etc. pour redorer le blason.