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Le FACT en conclave à Nantes : le Tchad face à l’échec d’une transition sans fin

Réuni à Nantes ce 26 octobre 2025, le Front pour l’Alternance et la Concorde au Tchad (FACT) a tenu un conclave décisif pour repenser la lutte contre le régime dirigé par le Maréchal Mahamat Idriss Déby Itno. Son chef, Mahamat Mahdi Ali, dresse un constat sévère de la gouvernance actuelle et appelle à une refondation politique nationale, inclusive et durable.

Un conclave sous le signe de la refondation

Le conclave de Nantes marque une étape majeure dans la stratégie politique du FACT, qui cherche à fédérer toutes les forces d’opposition tchadiennes autour d’un projet commun. Pour Mahamat Mahdi Ali, il ne s’agit plus de simples discussions entre exilés, mais d’un moment de vérité pour repenser l’avenir du pays. « Nous devons redonner espoir au peuple tchadien », va-t-il déclaré en ouverture des travaux.

Les participants, venus de différents horizons, ont planché sur des thématiques liées à la gouvernance, à la sécurité et à la cohésion nationale. L’enjeu est clair : reconstruire une alternative crédible face à une junte qui a perdu toute légitimité. Le FACT entend incarner cette force de proposition, en rompant avec la logique de division et de rivalités qui a longtemps miné l’opposition.

À travers cette rencontre, le mouvement veut démontrer qu’il n’est pas qu’une rébellion armée, mais une formation politique capable d’élaborer une vision nationale. L’appel lancé depuis Nantes vise à unir la diaspora, les acteurs civils et les politico-militaires dans une même dynamique de changement.

La transition de 2021 n’a pas changé

Le 20 avril 2021, le Tchad basculait dans une nouvelle ère après la mort du Maréchal Idriss Déby Itno sur le front nord du pays. En prenant le pouvoir à la tête d’un Conseil Militaire de Transition, Mahamat Idriss Déby Itno, surnommé « Kaka », promettait de garantir la stabilité et de conduire le pays vers des élections démocratiques. Quatre ans plus tard, cette promesse a perdu tout crédit.

Le Dialogue National Inclusif et Souverain (DNIS) de 2022, censé préparer le retour à l’ordre constitutionnel, s’est transformé en un instrument de légitimation du pouvoir en place. La transition a été prolongée de deux années supplémentaires, consacrant la mainmise du clan Déby sur l’appareil d’État. Le pouvoir a choisi la continuité au détriment de la réforme, la conservation au détriment de la transition.

Aujourd’hui, le Tchad vit une transition sans horizon, une transition sous le vernis des « élections dites démocratiques ». Les institutions provisoires sont devenues permanentes, et les promesses d’élections inclusives se sont dissipées dans le silence. Pour le FACT, cette dérive symbolise l’échec total de la junte à rompre avec les pratiques autoritaires de l’ancien régime.

Un pays à genoux : pauvreté, corruption et répression

Le constat social est accablant. Malgré la richesse pétrolière et minière du Tchad, la majorité de la population vit toujours dans la précarité. L’accès à l’eau potable, à l’électricité ou aux soins de santé reste un privilège réservé à quelques-uns. Les enseignants et les fonctionnaires cumulent les mois d’arriérés, tandis que les jeunes diplômés errent sans perspectives d’emploi.

La corruption est devenue un mode de gouvernance. Les marchés publics sont attribués selon des critères de loyauté politique plutôt que de compétence. Les ressources minières, notamment celles de Miski, sont exploitées dans l’opacité la plus totale, alimentant l’enrichissement d’un cercle restreint d’officiers et de proches du pouvoir. Pendant ce temps, les infrastructures se dégradent et les inégalités s’accentuent.

Sur le plan politique, la répression s’est institutionnalisée. Le massacre du 20 octobre 2022, au cours duquel des centaines de manifestants ont été tués, reste un traumatisme collectif. Depuis cet épisode, la peur domine : les partis d’opposition sont muselés, les médias indépendants surveillés, et toute critique du régime est assimilée à une menace contre la sécurité nationale.

Une armée divisée et un pouvoir isolé

Le pouvoir militaire, censé incarner la stabilité, est désormais source de fragilité. Selon le FACT, l’armée tchadienne n’est plus unie autour d’un idéal national, mais fragmentée en factions fidèles à des intérêts familiaux ou régionaux. La centralisation du commandement entre les mains d’un petit cercle issu du même clan entretient la frustration et la méfiance.

Cette militarisation du pouvoir a détruit les équilibres internes. Des officiers marginalisés quittent les rangs, tandis que d’autres se replient dans des allégeances tribales. Le sentiment d’appartenance à une armée républicaine s’effrite au profit d’un réflexe de survie personnelle. C’est dans ce contexte que le FACT parle désormais d’un « conglomérat d’unités sans cohésion ».

À l’extérieur, la diplomatie tchadienne se cherche. En se rapprochant de la Russie, de la Libye et d’autres acteurs régionaux, N’Djamena tente de compenser la perte de confiance de ses partenaires traditionnels. Mais ces alliances opportunistes révèlent surtout un isolement croissant et une incapacité à formuler une vision claire de la politique étrangère tchadienne.

Le FACT prône l’unité et la refondation nationale

Le message du conclave de Nantes est limpide : seul un mouvement d’unité nationale peut sortir le Tchad de l’impasse actuelle. Le FACT propose un projet de refondation basé sur la participation de toutes les forces vives — politiques, militaires, civiles et traditionnelles. Le mouvement entend se positionner comme catalyseur d’un nouveau contrat social.

Cette refondation, selon Mahamat Mahdi Ali, doit rompre avec la logique de revanche et de division. Elle doit reposer sur la justice, la transparence et la réconciliation. Le FACT appelle à la mise en place d’un véritable processus inclusif, capable de déboucher sur des assises nationales libres et souveraines, une fois la junte écartée.

Le document final du conclave, qui sera publié ultérieurement, doit formuler des recommandations concrètes pour bâtir un État de droit. L’objectif est clair : préparer la transition post-junte et redonner la parole au peuple tchadien, longtemps confisquée par les armes et la peur.

Un peuple épuisé mais pas résigné

Malgré la répression et la fatigue, le peuple tchadien n’a pas renoncé à l’espoir. Les mouvements citoyens, les intellectuels de la diaspora et certains acteurs religieux continuent de réclamer un changement pacifique et durable. Le FACT veut s’appuyer sur cette aspiration pour réhabiliter la notion de souveraineté populaire.

Le silence apparent du peuple ne traduit pas une adhésion à la junte, mais la conséquence de la peur et de la désillusion. Après des décennies de promesses trahies, beaucoup doutent encore de la capacité de l’opposition à incarner une alternative crédible. Pour Mahamat Mahdi Ali, c’est précisément ce climat qu’il faut briser par une mobilisation collective et une refondation de la confiance.

L’avenir du Tchad dépendra de la capacité de ses acteurs politiques à dépasser les égoïsmes et à s’unir autour d’une vision commune. Le conclave de Nantes pourrait être le point de départ d’un tel sursaut, si les promesses d’unité se traduisent enfin en actes concrets.