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Politique : La peur a-t-elle triomphé de l’opposition ?

La déclaration des partis membres du Groupe de Concertation des Acteurs Politiques (GCAP) est un document politique acerbe qui dresse un tableau alarmant de l’état des libertés et de la démocratie au Tchad. En annonçant leur retrait politique effectif au 31 octobre 2025, les partis de l’opposition reconnaissent, implicitement et explicitement, l’échec de leurs actions face à une stratégie de terreur et de musellement orchestrée par le pouvoir.

Le texte du GCAP détaille avec précision les méthodes utilisées par le régime de Mahamat Idriss Déby Itno pour éteindre toute voix dissidente. Ces méthodes ne visent pas seulement à entraver l’action politique, mais à instaurer un climat de peur total au sein de l’opposition et de leurs soutiens. Le texte décrit une surveillance à la loupe des activités du GCAP. La présence envahissante des agents de l’Agence Nationale de Sécurité (ANS), et Direction Générale des Renseignements et d’Investigations (DGRI) lors de simples activités médiatiques transforme l’espace public en un champ d’investigation. Cette visibilité des services de renseignements a pour objectif direct d’intimider et de décourager toute participation ou déclaration contraignante.

Le point le plus sombre de la déclaration de ces leaders politiques, c’est les menaces directes sur les personnes, les familles et les domiciles qui constituent une terreur psychologique qui « traumatise plus que n’importe quelle cellule de prison ». En rendant la vie privée et la sécurité des proches un enjeu de l’engagement politique, le régime pulvérise la frontière entre l’action publique et la sphère intime, rendant le coût de l’opposition insoutenable pour tout individu.

L’interdiction faite aux médias publics de couvrir l’opposition, et la menace et/ou sanction envers les médias privés qui le font, garantissent l’invisibilité de l’opposition auprès du grand public.

La menace de fermeture des établissements hôteliers privés qui accueillent le GCAP détruit l’infrastructure même de l’organisation politique, forçant l’opposition à se terrer. Le retrait du GCAP, présenté comme un « acte hautement politique » et une « protestation pacifique », ne peut être dissocié de la capitulation face à ce climat de terreur.

En choisissant le retrait, les partis du GCAP tirent la conclusion que l’opposition politique légale et pacifique n’est plus viable sous ce régime. La peur, méticuleusement instillée, a réussi à détruire la volonté d’agir, rendre l’action politique impossible et à officialiser l’échec de la démocratie au Tchad.

Ce retrait est donc, fondamentalement, une reconnaissance de l’efficacité de la stratégie de peur du régime. Face à un État qui a érigé la terreur psychologique et physique en politique, et qui a institutionnalisé l’autocratie par la révision constitutionnelle, les outils classiques de l’opposition notamment les manifestations, les médias, les élection… sont devenus inopérants ou trop coûteux.

En se retirant, le GCAP laisse un vide politique qui pourrait avoir deux conséquences majeures à savoir la légitimation de la « monarchie absolue », l’ouverture à d’autres formes de lutte. L’opposition sous-entend que la lutte pourrait se déplacer vers d’autres terrains, potentiellement moins conventionnels ou plus radicaux, pour aboutir à la « révolution » mentionnée à la fin de leur communiqué.

In finish, la déclaration du GCAP est l’acte final d’une opposition légale qui a été vaincue non pas par les urnes, mais par la peur systémique. C’est le constat amer qu’au Tchad d’aujourd’hui, la vérité est un crime, l’honnêteté un délit, et que la seule façon de « parler sans fléchir » est désormais de se retirer du jeu politique formel.