
La prostitution au Tchad est une réalité sociale complexe, marquée par son caractère illégal mais très répandu, notamment dans les grands centres urbains comme N’Djaména et les autres grandes villes. Elle est la manifestation visible d’une profonde précarité économique et d’une vulnérabilité accrue des femmes et des jeunes filles.
Le Tchad adopte une position de prohibition à l’égard de la prostitution. Bien que les textes juridiques internes n’autorisent pas cette activité, le régime pénal tchadien s’est concentré sur la sanction des activités connexes. La prostitution en elle-même est considérée comme illégale. Le Code pénal sanctionne notamment le proxénétisme, la traite des personnes à des fins d’exploitation sexuelle, et la prostitution des enfants.
Malgré l’interdiction légale, la pratique est courante. Les travailleuses du sexe, opèrent souvent dans la clandestinité.
Les pressions économiques et sociales font que le phénomène prend de l’ampleur dans plusieurs régions. Le Tchad étant également identifié comme un pays d’origine, de transit et de destination pour les victimes de la traite des êtres humains.
Le basculement vers la prostitution est rarement un choix, mais le résultat de facteurs socio-économiques et structurels en constante dégradation.Le basculement vers la prostitution est rarement un choix, mais le résultat de facteurs socio-économiques et structurels en constante dégradation.
L’instabilité sécuritaire et les mouvements de population (réfugiés, déplacés) peuvent exacerber la précarité et exposer davantage de femmes au risque d’exploitation sexuelle. Comme c’est le cas de Zenab (nom d’emprunt) à Abéché. Réfugié centrafricaine, elle s’est retrouvé travailleuse de sexe par nécessité.
La première cause est l’extrême pauvreté. Pour de nombreuses femmes, notamment celles ayant un accès limité à l’éducation, à la formation ou à l’emploi formel, la vente de services sexuels représente une stratégie de survie face à des revenus quotidiens insuffisants. Les violences basées sur le genre, les pratiques traditionnelles préjudiciables et la discrimination des femmes dans l’accès aux droits, créent un terrain propice à leur vulnérabilité. Les femmes qui résistent ou désobéissent sont parfois l’objet de sévices corporels ou de sanctions coutumières.

Les conséquences de la prostitution sur la santé et la société tchadiennes sont majeures :
– Les travailleuses du sexe sont classées comme une population à haut risque pour l’infection par le VIH et d’autres Infections Sexuellement Transmissibles (IST). Le manque de sensibilisation, la faible utilisation des préservatifs et le faible accès aux soins de santé contribuent à la propagation. Des victimes d’une infection volontaire dénoncent souvent la violence de leurs bourreaux qui les contraints à passer à l’acte sans se protéger ;
– Dans l’exercice de leur activité, les travailleuses du sexe sont exposées à un risque élevé de violences physiques et sexuelles, de stigmatisation et de discrimination. Elles peuvent également être victimes de répression policière, surtout en cas de couvre-feu ou de mesures de confinement, ce qui les pousse à travailler dans des conditions encore plus dangereuses et isolées ;
– Le phénomène de la prostitution des enfants est un problème sérieux au Tchad. Aché (nom d’emprunt), 15 ans, est obligé de se prostitué pour subvenir aux besoins de sa famille. Pendant que ses camarades vont à l’école, elle n’y a pas droit, parce que la prostitution est de mère en fille lui a ton dit.

La prostitution au Tchad est un indicateur de la vulnérabilité des populations féminines face à la misère. De Moundou la capitale économique jusqu’au Guéra, elles sont de plus en plus nombreux à s’adonner à ce métier dégradant dont en parler est encore un tabou au Tchad. Sa persistance, malgré l’interdiction légale, souligne l’urgence de mesures de soutien social et de lutte contre les causes profondes de la pauvreté et de la discrimination basée sur le genre. L’ancienne ministre du genre de la solidarité nationale Amina Priscille Longoh avait entamé un projet noble visant à soutenir les travailleuses du sexe. Sa continuité serait le brisement d’un cercle vicieux dans lequel beaucoup de jeunes femmes se retrouvent coincées.
