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Yacoub Paskine: l’historien sans histoire politique

Entre carriérisme effréné et grandeur personnelle, Yacoub Paskine incarne les dérives d’un militantisme de façade, où l’ambition supplante les convictions. En voulant exister à tout prix, Yacoub Paskine risque maintenant d’être réduit à ce qu’il a toujours fui: une note de bas de page, dans un chapitre qu’il n’a jamais vraiment écrit. Ce mardi 21 octobre 2025 à la Maison des médias du Tchad, la surprise cède au scandale.

   Sans aucune ligne politique, Yacoub Paskine semble, soit pratiquer une forme de militantisme jetable, opportuniste et sans cohérence idéologiques, soit appliquer “la politique du ventre” pour citer François Bayard. Voilà tout le résumé du parcours politique de Yacoub. À l’image de ces électrons libres qui n’entrent jamais vraiment en résonance avec un idéal, Paskine semble choisir ses affiliations comme on change de chemise: selon l’agenda du jour. Il faut le dire, l’homme ne s’était jamais dit militant du parti Les Transformateur dont il affiche soudainement aujourd’hui la proximité qu’en démissionnant, preuve d’une manœuvre de récupération aussi visible que maladroite. En tout cas, ce militantisme de dernière minute, déconnecté des sacrifices réels que l’engagement implique, révèle une volonté de capter une légitimité qui ne lui appartient pas.

En réalité, cette démission de façade semble surtout répondre à une stratégie personnelle: celle d’utiliser la notoriété d’un parti populaire comme tremplin individuel. À défaut d’avoir construit une crédibilité politique au fil du temps, Paskine mise sur la vitesse, la visibilité et l’effet de surprise. Un pari risqué, qui montre surtout qu’il confond engagement politique et marketing personnel. Par cette sortie médiatique superfétatoire, Paskine n’est rien autre qu’une ombre portée sur un décor déjà fragilisé. Une erreur de casting, dans une pièce que le pays ne peut plus se permettre de jouer à moitié.

   De l’ambition au théâtre politique: figure d’un imposteur politique

   Historien de formation et prostitué politique, Yacoub Paskine ne cache pas son ambition dont la seule méthode soulève autant d’interrogations inquiétantes. Si déjà plusieurs journalistes et analystes politiques témoignent de sa soif de grandeur, il faut admettre que chez Yacoub, le borborygme politique a atteint son paroxysme, et que le théâtre politique n’est rien d’autre qu’un pont entre l’hypocrisie sociale et le calcul stratégique.

   Bien évidemment, ce désir inassouvie de grand homme s’est matérialisé ce 21 octobre 2025 par une mise en scène grossière autour des Transformateurs. Sans ancrage dans Les Transformateurs, encore moins de réelle contribution passée, Paskine, croyant pouvoir surfer sur la vague de popularité du parti pour se positionner, et voulant se déclarer militant, s’offre en spectacle. Pourtant, le Tchad d’aujourd’hui n’a pas besoin de faiseurs d’images, mais de femmes et d’hommes capables de tenir une ligne, même lorsque celle-ci ne mène pas immédiatement à la reconnaissance. Ce coup de poker médiatique n’aura finalement révélé qu’une chose: le scandale.

   “Docteur tchoucou” de circonstances à Walia, Yacoub coopère avec tout ce qui contribue à son succès. Mais ce qu’il n’a peut-être pas compris, c’est que la politique n’est pas un théâtre d’improvisation. S’y précipiter sans préparation ni légitimité revient à s’exposer au feu des projecteurs… sans costume, pourtant, il sait très bien que même si la mise en scène peut séduire quelques jours, seule la cohérence résiste à l’épreuve du temps et que, dans un monde aussi impitoyable que celui de la politique tchadienne, ce genre de faux pas laisse des traces durables.

   Si pour les uns, Yacoub est guidé par Migo, et pour les autres, par un certain Martin Inoua ou un Ngarmbatina Lamane, il est donc clair que le jeune gabri incarne la figure de l’imposteur politique: celui qui mime les codes sans en comprendre les fondements, celui qui veut récolter sans jamais avoir semé. Il est sans éthique politique, sans conscience morale. Et, étant donné que la crédibilité politique ne peut se construire sur les alliances opportunistes, mais sur la fidélité à des valeurs, le courage, et l’humilité face aux responsabilités, Yacoub perd cette vertu.

   Quand le fond fait défaut

   Au-delà de cette farfelue démission, il convient de rappeler que le cas Paskine met en lumière une crise plus large: celle d’une jeunesse en perte de repères politiques, parfois plus attirée par les récompenses symboliques que par les luttes concrètes. L’exhibition prend le pas sur l’action, et l’on finit par confondre militantisme et influence digitale. C’est cette superficialité que symbolise tristement le parcours de Yacoub Paskine.

   Cette dérive devient inquiétante lorsqu’elle est portée en exemple, comme si l’agitation suffisait à remplacer l’action. Et c’est précisément ce que semble ignorer une partie de cette génération numérique tchadienne, dont Paskine est une figure caricaturale.

   Aux antipodes d’autres jeunes tchadiens qui, dans la discrétion et le travail de fond, s’imposent peu à peu comme une figure d’intégrité, Paskine fait plutôt preuve de masturbation politique et de la folie de grandeur, oubliant même que le militantisme ne se joue pas devant les caméras, mais dans la cohérence quotidienne, et que l’héroïsme politique n’a rien à voir avec le buzz. Ce qui est sûr, l’histoire ne retiendra pas ceux qui se montrent mais plutôt ceux qui osent construire.

Un passé familial qui interroge

   L’agitation de Yacoub vient de loin. Selon des sources proches du dossier, Yacoub Paskine aurait fait arrêter son propre oncle par la police, un homme pourtant considéré comme son père de substitution, qui l’aurait élevé depuis son enfance, l’accompagnant jusqu’au bout de ses études supérieures. Un geste lourd de symboles, qui soulève des questions profondes sur la moralité de ce prétentieux.

   Dans un pays où les valeurs de solidarité familiale, de respect des anciens et de loyauté sont encore tenues en haute estime, un tel comportement ne passe pas inaperçu. Il heurte. Il choque. Et il jette un discrédit durable sur l’intégrité morale de Paskine. Car si l’on est capable de tourner le dos à ceux qui nous ont formés, que serait-on prêt à faire demain pour un poste ou un avantage personnel ? Là où certains voient une ambition, d’autres lisent une faillite humaine.

   Même conscient que la politique, au Tchad comme ailleurs, ne pardonne pas l’amnésie morale, Yacoub se complait dans son costume d’arrogant qui ne peut que le desservir durablement.