
Alors que les populations tchadiennes ploient sous le poids de l’insécurité, des conflits intercommunautaires, de la misère et de l’absence d’État, le Premier Vice-Président du Sénat, M. Mbang Hadji Wali, choisit de jouer les médiateurs internationaux à Genève. Une participation qui soulève plus d’interrogations que d’admiration, dans un pays où la paix, la vraie, reste un luxe quotidiennement refusé à ses citoyens.
La paix… mais ailleurs
À Genève, Mbang Hadji Wali a pris la parole dans un cadre prestigieux, saluant l’accord de cessez-le-feu entre Israël et le Hamas comme une « victoire sur la peur ». Mais pendant que le sénateur serre des mains et pose devant les drapeaux internationaux, son propre pays saigne en silence. Au Centre, à l’Est, au Nord, au Sud… le Tchad est en proie à des affrontements meurtriers entre communautés, à des attaques armées répétées, à des déplacements massifs de populations. Quelle paix peut-on prêcher au loin, quand celle de chez soi est un mirage quotidien ?
Le choix de prioriser la scène internationale, alors que les conflits locaux ne cessent de croître, révèle une déconnexion inquiétante entre les élites politiques et les réalités vécues par les Tchadiens. Ce n’est pas la diplomatie qui est critiquée ici, mais l’ordre de ses priorités. Le Tchad a urgemment besoin de voix fortes pour défendre ses intérêts, dénoncer ses crises, et exiger des réponses concrètes au sein même des institutions nationales. À quoi bon se faire applaudir à l’étranger, quand on reste sourd aux cris de détresse de ses propres concitoyens ?
Il est également ironique, voire cynique, de constater que les mots employés par M. Wali à Genève, tels que «solidarité», «désescalade», «dialogue», sont exactement ceux qui manquent cruellement dans la gestion de nos crises internes. Le langage de la paix ne peut être crédible que s’il est aussi appliqué sur le territoire national. Sinon, il ne s’agit que d’un théâtre diplomatique sans substance. La paix à l’international ne doit jamais servir de prétexte à l’inaction nationale.
Deux poids, deux mesures
Ce n’est pas la première fois que des responsables tchadiens s’investissent dans des causes extérieures, tandis que leur propre maison brûle. Le cas de Mbang Hadji Wali n’est qu’un exemple de plus d’une tendance inquiétante : fuir les responsabilités locales en se drapant dans un manteau de diplomate international. Pendant que certains représentants tchadiens parcourent les capitales du monde pour parler de paix mondiale, les villages de leur pays sont transformés en zones de non-droit où les armes parlent plus fort que les institutions.
Dans plusieurs localités du Tchad, la présence de l’État est presque inexistante. Des chefs traditionnels suppléent aux autorités, des milices règnent sur des pans entiers du territoire, et les citoyens vivent dans la peur permanente. Face à cela, le silence des hauts responsables est assourdissant. Il est donc difficile d’admettre qu’un Vice-Président du Sénat puisse trouver le temps et l’énergie de s’exprimer longuement sur la situation au Moyen-Orient, tout en demeurant muet sur les violences dans le Guéra, le Logone Oriental, ou le Mayo-Kebbi.
Cette politique du «dehors» trahit un mépris profond pour la souffrance nationale. En se positionnant comme défenseur de la paix à l’étranger, M. Wali tente peut-être de se forger une stature d’homme d’État. Mais cette posture sonne creux tant que le sang coule encore sur les terres tchadiennes, sans qu’aucune autorité digne de ce nom ne s’en émeuve. La crédibilité politique commence à la maison, pas sur les tribunes internationales.
Un mandat à contre-emploi
En tant que Vice-Président du Sénat, Mbang Hadji Wali n’a pas été élu pour faire carrière dans la diplomatie internationale. Sa mission est claire : représenter les intérêts des citoyens tchadiens, participer à la construction législative du pays, et veiller à ce que les politiques publiques répondent aux besoins réels de la population. Ce rôle ne peut être rempli par des discours à l’ONU ou à Genève, mais par une présence active, concrète et responsable sur le terrain.
Il faut poser la question avec clarté : que fait M. Wali, concrètement, pour les populations qu’il est censé représenter ? Qu’a-t-il dit sur les morts dans les conflits intercommunautaires de ces derniers mois ? Quelle proposition de loi a-t-il portée pour renforcer la sécurité, améliorer la gouvernance locale ou protéger les citoyens les plus vulnérables ? Aucun bilan sérieux ne peut justifier son absence des débats urgents qui concernent la survie du pays.
Ce mandat détourné de sa vocation est symptomatique d’une classe politique qui confond fonctions représentatives et tremplin personnel. Tant que nos responsables politiques continueront de fuir les réalités nationales pour briller sous les projecteurs étrangers, le Tchad restera englué dans ses crises. Il est temps que nos représentants se montrent à la hauteur de la confiance, fragile, que le peuple leur accorde. Ce pays n’a pas besoin d’un miroir de la paix à l’international, mais de véritables artisans de la réconciliation nationale.
La paix commence chez soi
Les discours sur la paix mondiale n’ont de sens que s’ils s’enracinent dans une volonté sincère de construire la paix locale. Or, au Tchad, cette volonté manque cruellement. L’État, dans ses composantes les plus hautes, semble résigné face à la fragmentation du pays, comme si les conflits intercommunautaires faisaient partie du décor, une fatalité qu’il ne sert à rien de combattre. Cette résignation est un terreau fertile de la violence, du chaos, et de l’effondrement.
Mbang Hadji Wali, et à travers lui toute la classe politique tchadienne, devrait d’abord regarder autour de lui. Chaque village détruit, chaque enfant déplacé, chaque conflit foncier non résolu est une alerte. Une alerte qu’il est temps de prendre au sérieux. La paix ne se décrète pas dans les salons de Genève, elle se construit dans les champs du Ouaddaï, dans les rues de Moundou, dans les écoles de Mongo. Là où le peuple souffre et attend, depuis trop longtemps, que ses représentants se lèvent enfin.
Tant que la politique tchadienne restera tournée vers l’extérieur au lieu de s’enraciner dans le vécu quotidien des citoyens, aucun progrès durable ne sera possible. La paix commence chez soi. Elle commence par la responsabilité, le courage et la proximité. Ce sont ces valeurs, et non les voyages diplomatiques, qui permettront un jour au Tchad de sortir du cycle infernal de la violence.
Mbang Hadji Wali est à Genève. Le Tchad, lui, reste avec ses blessures.
La rédaction
