
Yaoundé, Cameroun – Les jours qui ont suivi le scrutin présidentiel du 12 octobre 2025 ont plongé le Cameroun dans une phase de vives tensions et de confusion politique. Alors que les résultats officiels provisoires se font attendre, l’élection, marquée par la candidature de l’éternel président Paul Biya (92 ans) pour un huitième mandat, est secouée par des allégations de fraude massives et surtout par la revendication de victoire d’un candidat inattendu : l’ancien ministre Issa Tchiroma Bakary.
L’agitation a débuté dès la fermeture des bureaux de vote. Contrairement aux scrutins précédents, où le camp de l’opposition majeure se déclarait vainqueur, c’est cette fois Issa Tchiroma Bakary, candidat du Front pour le Salut National du Cameroun (FSNC), qui a créé la surprise. Fort de l’enthousiasme populaire, notamment dans la partie septentrionale du pays, il s’est autoproclamé vainqueur du scrutin dès le 13 octobre, affirmant détenir les procès-verbaux qui prouvent la « vérité des urnes ».

Cette revendication a immédiatement mis le feu aux poudres. Des tensions ont éclaté à Garoua le jour du vote dans le fief de Tchiroma, où les forces de l’ordre ont réprimé violemment des manifestations. Des scènes de joie et de contestation ont également été rapportées dans plusieurs villes, notamment à Yaoundé où des supporters scandaient : « Au revoir Paul Biya, Tchiroma arrive ! ». Les autorités ont réagi en déployant d’importants dispositifs sécuritaires autour du domicile de l’ancien ministre et en dispersant tout rassemblement spontané.
L’attente des résultats officiels de l’organe électoral (ELECAM) s’est déroulée dans un climat de forte suspicion. Les accusations de fraude, habituelles lors des élections camerounaises, ont pris une ampleur particulière après la décision du Conseil Constitutionnel d’écarter plusieurs figures de l’opposition, dont Maurice Kamto (deuxième à la présidentielle de 2018).
Cinq recours ont été déposés devant le Conseil Constitutionnel, réclamant l’annulation pure et simple du scrutin pour diverses irrégularités. Si Issa Tchiroma Bakary n’a pas fait partie des requérants officiels, sa stratégie de revendication de victoire vise clairement à délégitimer tout résultat officiel qui placerait Paul Biya en tête.

Le défi est de taille : le Conseil Constitutionnel est perçu par la société civile et l’opposition comme une institution alignée sur le pouvoir, ce qui rend la perspective d’une annulation du scrutin quasi nulle. L’histoire récente du pays montre que l’ensemble des contestations post-électorales majeures ont toujours été rejetées.
L’agitation post-électorale révèle les profondes incertitudes qui pèsent sur l’avenir du Cameroun :
– La Succession : La candidature de Paul Biya et la persistance des tensions autour de la succession alimentent la polarisation ethnique et politique, d’autant que le pays est déjà fragilisé par la crise anglophone ;
– La Répression : Le recours immédiat à la force pour disperser les contestataires, même ceux exultant de joie, confirme la fragilité des libertés publiques et le risque d’escalade violente en cas de proclamation des résultats en faveur du président sortant.

Le Cameroun se trouve aujourd’hui dans une zone de turbulences où la légitimité démocratique est mise à rude épreuve. Le décalage entre les revendications de victoire de l’opposition et les résultats attendus pourrait créer une crise de confiance durable, avec des répercussions sur la stabilité de toute l’Afrique centrale. Le pays attend désormais le verdict final qui, quel qu’il soit, est susceptible d’intensifier les tensions.
