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Madagascar : La Chute de Rajoelina, le Ras-le-Bol de la « Gen Z » et le Poids de l’Armée à malgache

Le président Andry Rajoelina, l’homme qui avait lui-même pris le pouvoir en 2009 sur la vague d’une contestation populaire et militaire, a été emporté par un scénario tragiquement similaire. Il a été chassé de la tête de l’État par un mouvement de protestation mené par la jeunesse (la « Gen Z »), soutenu par une faction clé des forces armées.

Le mécontentement populaire, qui couvait depuis plusieurs années contre le régime de Rajoelina (réélu en 2018), a explosé en septembre 2025 sous l’impulsion d’une nouvelle génération. Malgré les promesses de développement et un immense potentiel en ressources naturelles (nickel, or, vanille), la situation économique et sociale de Madagascar est restée catastrophique. L’on dénote, une pauvreté extrême (environ 80 % des Malgaches vivent avec moins de 2,80 euros par jour) ; des infrastructures en ruine ; la corruption et l’inégalités.

Contrairement aux crises précédentes, celle-ci a été initiée et menée par la jeunesse, surnommée la « Gen Z Madagascar ». Ces jeunes, nés pour la plupart après 1990, se sont organisés via les réseaux sociaux, adoptant des symboles populaires (comme le drapeau pirate, inspiré du manga One Piece) pour dénoncer l’incurie du pouvoir. Le mot d’ordre était « Leo Be » (« Il y en a marre »), exprimant un rejet total du statu quo politique. Le mouvement, initialement concentré sur les coupures de courant, s’est rapidement transformé en une exigence de démission du président. La répression policière violente a entraîné la mort de manifestants, alourdissant un bilan qui a exacerbé la crise.

Le tournant décisif a eu lieu lorsque l’unité militaire du Corps d’armée des personnels et des services administratifs et techniques (CAPSAT), qui avait déjà joué un rôle central en portant Rajoelina au pouvoir en 2009, a fait défection. Les militaires du CAPSAT ont appelé publiquement les forces de sécurité à « refuser de tirer » sur les manifestants, avant de rejoindre ces derniers dans la capitale.

Isolé et dénonçant une « tentative de prise du pouvoir illégale », le président Andry Rajoelina a été contraint de quitter la Grande Île dans des circonstances floues (certaines sources évoquant une exfiltration par un avion militaire étranger vers un « lieu sûr »).

Tentant une dernière manœuvre de survie, Andry Rajoelina a décrété la dissolution de l’Assemblée nationale. En réponse, une très large majorité des députés a voté pour sa destitution en raison d’un « abandon passif du pouvoir » ou d’une « vacance du pouvoir ».

Dans ce contexte d’instabilité institutionnelle, les militaires ralliés à la contestation ont annoncé prendre le pouvoir pour une période transitoire, affirmant vouloir former un gouvernement de consensus et organiser des élections dans un délai de 18 mois à deux ans.

La Haute Cour Constitutionnelle (HCC) a finalement constaté la vacance du pouvoir, confiant provisoirement les fonctions de chef de l’État à une autorité de suppléance militaire, tout en exigeant la tenue rapide d’élections présidentielles pour mettre fin à cette crise, la cinquième que connaît Madagascar depuis son indépendance.

Andry Rajoelina, le « tombeur » de 2009, est ainsi devenu la victime de son propre scénario en 2025, prouvant que le mariage entre la rue, le mécontentement et l’armée reste l’équation déterminante de la politique malgache.