
Le 11 octobre 2025 restera dans les annales politiques tchadiennes, non pas comme un jour de progrès démocratique, mais comme une scène théâtrale où la servilité politique a pris le pas sur la lucidité d’État.
Lors de la cérémonie de réjouissance relative à la promulgation de la nouvelle Constitution, le Premier ministre Allamaye Halina a déclaré, sans trembler : « La main tendue et fraîche du Maréchal Mahamat Idriss Déby Itno nous a ramené la paix. Nous disons Allahamdoulilah. »
Et d’ajouter : « Que Dieu Tout-puissant déverse ses bénédictions sur le Maréchal et sa famille […] Il nous a ramené la paix. »
Des propos qui, au-delà de leur tonalité dévote, sonnent comme une insulte à l’intelligence collective d’un peuple encore meurtri par les violences, la pauvreté, les injustices et les tensions sociales.
Entre culte de la personnalité et hypocrisie politique
Dans un pays où des régions entières vivent encore sous la peur, où la jeunesse désœuvrée crie son désarroi et où l’opposition continue d’être muselée, parler de « paix ramenée » relève d’un cynisme politique affligeant.
Allamaye Halina, devenu chef du gouvernement après avoir longtemps été directeur de protocole du défunt Maréchal Idriss Déby Itno, semble avoir oublié que gouverner, c’est avant tout servir le peuple et non flatter le prince. En choisissant de diviniser le chef de l’État, il s’est non seulement discrédité, mais il a aussi terni l’image d’un gouvernement censé incarner la raison et la mesure.
La paix ne se décrète pas à coups de phrases laudatives. Elle se construit dans la justice, la vérité et la réconciliation sincère. L’entendre proclamée avec une légèreté aussi provocante, alors que le pays pleure encore Ray’s Kim, le porte-parole du parti Les Transformateurs, mort dans un silence assourdissant, ne peut qu’alimenter la colère et la suspicion.
Une Constitution pour des intérêts partisans
Le véritable drame de cette scène réside ailleurs : dans la signification même de la promulgation de cette « Constitution révisée ».
Ce texte, loin d’être l’expression d’un consensus national, apparaît comme un instrument façonné pour servir des intérêts politiques égoïstes — un mécanisme juridique de consolidation du pouvoir plutôt qu’un cadre de justice et de partage.
Promulguer une Constitution dans l’allégresse, alors qu’elle ne reflète ni la volonté populaire ni les aspirations démocratiques, c’est perpétuer la logique du mépris d’État. C’est aussi nier les sacrifices de ceux qui, depuis des décennies, militent pour une République équitable, sociale et démocratique.

Le Tchad mérite mieux
Les mots du Premier ministre ne sont pas anodins. Ils traduisent une dérive inquiétante : celle d’un pouvoir qui confond légitimité et adoration, service public et loyauté politique. Le Tchad n’a pas besoin d’une rhétorique de soumission, mais d’une parole d’espoir, de vérité et de lucidité.
En ces temps troublés, le chef du gouvernement devrait incarner la maturité politique, non l’excès de zèle. Il devrait prêcher la cohésion nationale, non la propagande. Il devrait, enfin, comprendre que la paix véritable ne réside ni dans les slogans, ni dans les bénédictions adressées au chef, mais dans la justice sociale, la liberté d’expression, l’équité institutionnelle et la confiance retrouvée entre l’État et le peuple.
Le Tchad n’a que trop souffert de ces « comédies républicaines » où chaque cérémonie devient un festival de louanges. L’heure n’est plus aux flatteries, mais à la vérité. Il faut le dire clairement : réduire la paix à un geste du Maréchal, c’est renier la souffrance des victimes, c’est ignorer la misère des foyers, c’est insulter l’avenir des jeunes.
Le Premier ministre Allamaye Halina est appelé à la décence politique, à la mesure et à la responsabilité. Le peuple tchadien mérite un gouvernement lucide, non un chœur d’adulateurs. Car si la parole publique perd son sens, alors la politique n’est plus qu’une scène de comédie et la République, une simple illusion. Bien évidemment, quand la flatterie devient doctrine d’État, et surtout quand la paix devient un simple slogan politique, il y a lieu de s’inquiéter pour le bien-être social. Il faut éviter de faire preuve de mauvaise foi quand on en a l’occasion.
