
Le Directeur général de l’Office National pour la Promotion de l’Emploi (ONAPE) a annoncé une décision pour le moins surprenante : désormais, toute offre d’emploi devra obtenir le visa préalable de l’ONAPE avant sa diffusion publique. Une mesure présentée comme un moyen d’encadrer le marché du travail, mais qui, à y regarder de près, s’apparente davantage à une mainmise administrative sur un espace censé être libre : celui de l’emploi, notamment dans le secteur privé.
Or, la Loi n°038/PR/96 portant Code du travail du 11 décembre 1996 est claire sur ce point. Son article 58 stipule que « les contrats dont la durée est comprise entre six mois et deux ans sont soumis au visa préalable de l’Office National pour la Promotion de l’Emploi ». Et l’article 67 précise, en les listant, les types de contrats qui nécessitent un tel visa : ceux conclus avec des travailleurs étrangers, ceux impliquant un déplacement hors du lieu d’embauche, ceux à durée déterminée supérieure à six mois, ainsi que les contrats à durée indéterminée.
Mais nulle part, ni dans les articles 68 à 72, ni ailleurs dans la loi, il n’est fait mention d’une obligation de soumettre une offre d’emploi, c’est-à-dire une simple annonce de recrutement, au visa de l’ONAPE avant publication. Cette interprétation unilatérale du texte légal semble donc s’apparenter à une dérive administrative, une extension du pouvoir de l’Office au-delà du cadre que lui confère la loi, et même du ministère tutélaire.

Sous couvert de la « promotion de l’emploi », cette décision risque plutôt de ralentir, voire de paralyser, les processus de recrutement déjà fragiles au Tchad. Les entreprises, ONG et institutions privées, qui constituent aujourd’hui l’un des rares viviers d’emploi en dehors de la fonction publique, se verront désormais contraintes de passer par le filtre bureaucratique de l’ONAPE avant de publier une simple annonce. Une telle centralisation pourrait transformer une démarche administrative en instrument de contrôle, voire de pression sur le secteur privé.
Faut-il désormais comprendre que les dirigeants d’entreprises, d’associations ou d’ONG doivent se soumettre à une tutelle hiérarchique implicite de l’ONAPE ? Cette décision interroge : sommes-nous encore dans une économie libérale, où la liberté d’entreprendre et de recruter prévaut, ou basculons-nous progressivement vers une économie administrée, où chaque initiative privée doit recevoir un « tampon » officiel avant de respirer ? Autant de questions finalement sans aucune réponse.
Si la promotion de l’emploi suppose une meilleure régulation du marché du travail, ce qui n’est d’ailleurs pas le cas, elle ne doit pas pour autant se confondre avec une volonté de contrôle politique ou financier.
Cette nouvelle exigence soulève une question troublante : l’ONAPE cherche-t-elle à obtenir un pourcentage ou une redevance sur chaque publication d’offre d’emploi ? Ce soupçon, même implicite, suffit à ternir la crédibilité d’une institution censée jouer un rôle d’appui, non de censure.

Le rôle d’un office de promotion de l’emploi devrait être d’accompagner les acteurs économiques, d’observer les dynamiques du marché, de favoriser l’insertion professionnelle et non de dresser des barrières bureaucratiques entre l’employeur et le demandeur d’emploi.
En agissant ainsi, l’ONAPE ne promeut plus l’emploi : elle le conditionne, le ralentit et le fragilise.
Dans un pays où le chômage frappe massivement les jeunes et où la majorité des offres provient du secteur privé et des ONG, toute mesure restreignant la liberté de publier ou d’embaucher devrait être précédée d’un débat public, voire d’un décret réglementaire clair. Faute de quoi, on court le risque de transformer une institution d’appui en instrument de dissuasion, et de substituer la bureaucratie à l’initiative.
Il est temps de rappeler que la promotion de l’emploi n’est pas la confiscation des opportunités. L’ONAPE gagnerait davantage en crédibilité en facilitant les démarches d’embauche, en accompagnant les jeunes, et en soutenant la création d’emplois décents et non en érigeant de nouvelles barrières.
