
Connu pour sa violence lors des opérations internes, les militaires et les forces de l’ordre Tchadiens sont encore pointé du doigt pour des violations de domiciles et de vol chez des citoyens. Plusieurs témoignages les accusent et l’espoir d’une justice de plus en plus anéanti.
« Il était 1h du matin passé lorsqu’on toqua avec force à la porte de notre salon. J’ai vu mon père murmurer des mots en ouvrant la porte et d’un coup, essayant de refermer. Mais c’était impossible, les personnes derrières la porte avaient plus de force que lui. C’était des militaires armés avec des lumières rouges sur leurs armes. Ils ont ligoté mon père et ont demandé à ma mère de donner tout ce qu’il y avait comme argent et bijoux. C’était en 2010, j’avais 12 ans ». Témoigne Urbain (nom d’emprunt), aujourd’hui âgé de 27 ans, le traumatisme à la vue des forces de l’ordre dans le pays demeure le même. Surtout qu’après ces événements, plusieurs conséquences sont survenues dans la famille. Bouleversant l’équilibre de cette famille Tchadienne qui ne demandait qu’à vivre tranquillement.
Le témoignage d’Urbain est un écho poignant des abus persistants attribués à certaines composantes de l’armée tchadienne pour ne pas dire de tout le corps de l’armée. Cet acte, symbolise la peur et l’arbitraire que subissent des familles innocentes lorsque ceux qui devraient garantir leur sécurité deviennent, eux, la menace.

En partageant son histoire, Urbain entend des histoires similaires qu’a vécu plusieurs autres familles Tchadiennes. « Des policiers sont venus chez nous tard la nuit demandée après mon mari. Mon mari n’était pas là alors je le leur ai fait comprendre cela. Ils sont partis mais sont revenus une trentaine de minutes plus tard. Je ne comprenais plus la raison de leur présence. Ils ont demandé à fouiller la maison. Nous nous sommes opposés avec mes enfants mais ils ont forcé et on prit mes économies, les téléphones et les bijoux de mes enfants et moi. » Raconte larmoyante Falmata lors de cette journée d’écoute au Centre Emmanuel (puits de Jacob à N’Djamena).
Le cas d’Urbain et de Falmata loin d’être un cas isolé, où des hommes en uniforme, équipés d’armes à feu, illustre une dérive profonde. Ces violations à domicile, extorsions, pillages, et violences s’inscrivent dans un tableau plus large de bavures et d’atteintes aux droits humains documentées au Tchad depuis des décennies.
Les bavures imputées à l’armée tchadienne ne se limitent pas que dans les violations des domiciles. Dans les patrouilles, les check-points, les témoignages sont multiples. Ils violent, tabassent et tuent sans s’inquiéter. L’image d’une force sensée protégé n’existe plus. Le cas récent du meurtre de Mahamat Zene dont l’assassin est protégé par les siens (occupant des postes de responsabilités) montre l’impunité de ces agissements.

Les rapports d’organisations de défense des droits humains mettent régulièrement en lumière des allégations graves contre des éléments des forces de sécurité et de l’armée tchadienne, qui vont bien au-delà des vols.
L’usage de la détention illégale et prolongée, souvent dans des conditions inhumaines, est une pratique dénoncée mais qui continuent. Des témoignages font état de l’usage de la torture comme moyen de coercition ou de punition, y compris contre des opposants politiques ou des civils soupçonnés de soutien à des groupes rebelles. Des exécutions extrajudiciaires, des disparitions forcées et des violences sexuelles (y compris des viols) sont signalées, parfois dans le cadre d’opérations de lutte contre le terrorisme ou de répression de troubles sociaux.
L’armée tchadienne est souvent saluée sur le plan international pour son efficacité au combat et son rôle clé dans les opérations de maintien de la paix et de lutte contre les groupes le terrorisme dans la sous-région mais cette image de force régionale contraste brutalement avec les allégations d’abus commis à l’intérieur de ses propres frontières.
Ce paradoxe crée une double peine pour les citoyens tchadiens. D’un côté, ils dépendent de cette armée pour la sécurité face aux menaces extérieures. De l’autre, ils vivent dans la peur de leurs propres protecteurs, craignant une irruption nocturne, non pas d’un bandit, mais d’un militaire armé censé les servir.
L’une des raisons majeures de la récurrence des bavures est le manque de poursuites judiciaires et de sanctions exemplaires à l’encontre des auteurs d’abus. L’absence de justice encourage la réitération de ces actes. Le Tchad a connu une forte militarisation en raison des conflits internes et de la menace externe, conférant un pouvoir excessif aux forces armées, parfois au détriment de l’autorité civile et de l’État de droit.

Les témoignage d’Urbain et Falmata rappelle l’urgence d’une action. Le respect des droits humains n’est pas une option, mais le socle de toute armée républicaine.
Pour que les citoyens tchadiens puissent dormir sans crainte et refaire confiance aux forces de l’ordre et à l’armée, il est impératif de briser le mur de l’impunité en enquêtant sur bavures et en traduisant les responsables devant la justice, quelle que soit leur position. De mettre en œuvre des réformes robustes au sein des forces de sécurité pour garantir la primauté de la loi.
Seule une armée qui respecte sa propre population peut véritablement être considérée comme une force de sécurité, et non comme une source d’oppression.
