
Des milliers de diplômés sans emploi font face au népotisme mis en place par le régime de N’Djamena sous l’égide d’un parti dont les bénédictions ouvrent les voies à des postes dans l’administration publique. Comment comprendre le mythe de la méritocratie à la Tchadienne orchestré par le parti au pouvoir ?
« Le Tchad me fait honte » lâche Ahmat (nom d’emprunt) de retour du ministère du genre et de la solidarité nationale. Il y était pour un entretien mais a été finalement recalé. L’entretien n’a pas eu lieu. Le poste n’est plus vacant. Il devait passer un entretien pour travailler dans une direction du ministère comme agent de terrain. Aux dernières nouvelles, la ministre s’est opposée parce qu’elle avait déjà quelqu’un sous la main, envoyé depuis le siège national du parti au pouvoir.

Comme Ahmat, ils sont des milliers de jeunes diplômés Tchadiens qui subissent le favoritisme et la corruption qui minent l’administration publique tchadienne. Un problème que même la presse locale dénonce et dont le collectif des diplômés en instances d’intégration avait déploré par la voix de Neuzilka Emmanuel à l’époque décriant des « promesses irréalisables. Et le non-respect des ordres du président de la république. » Le chômage des jeunes diplômés atteint des niveaux alarmants, pendant que des postes sont pourvus sur la base de critères politiques.
Cependant, il y aurait une échappatoire au chômage et intégrer facilement la fonction publique. « Il faut être soit du Mouvements Patriotiques du Salut (MPS) le parti au pouvoir soit d’une de ses innombrables sensibilités » répond Ahmat. Comment l’appartenance au parti dominant, le MPS, est-elle devenue la voie royale vers les nominations dans la fonction publique et les ministères, au détriment de la compétence et de l’égalité des chances ?
Le MPS, c’est le parti créé par Idriss Déby Itno. Au pouvoir depuis 1990, à sa mort en 2021, son fils, le Maréchal Mahamat Idriss Déby prend les rênes du pays et deviendra président élu sous l’égide du parti de son père dont il en est le président d’honneur. La domination de ce parti politique se traduit directement dans l’administration publique de fortement impacté par la corruption et le favoritisme.

Dès lors, compétence et affiliation se confrontent. Les diplômés qualifiés mais n’appartenant pas au système en place ou ne la soutenant pas sont écartés au profit des partisans du parti. Comme ce fut le cas de Ahmat décrit plus haut. Pour aller plus loin, le parti propose, par le biais de ses différentes sensibilités des postes à des leaders de l’opposition contre leur démission du parti. Ce fut le cas en 2022 pour l’ancien vice-président du parti Les Transformateurs Moustapha Mahamat Masri qu’avait devancé la trésorière Fatimé Abdelkerim Soumaila du même parti.
Le favoritisme est reconnu par tous comme un « véritable handicap au bon fonctionnement de l’administration publique ». L’obstacle du « carnet d’adresses » et de l’appartenance ont des conséquences sur les jeunes qui désespèrent de plus en plus. Forcés à s’aligner, les récalcitrants émergent hors de l’administration publique ou contraint à l’exil ou à la contestation (souvent réprimé). Entre dégradation de l’efficacité de l’administration, incompétence, corruption, taux élevé de chômage et gabegies ont libre cours. Les secteurs nationaux sont fragilisés et les citoyens ont du mal à faire confiance à l’administration publique.

Le système de nomination au Tchad, fortement influencé par le favoritisme, sacrifie la méritocratie et la bonne gouvernance pour la loyauté politique. Ce contrôle partisan de l’administration soulève des questions sur l’avenir de la démocratie tchadienne et sa capacité à se doter d’une administration performante, vitale pour son développement. Connu comme un régime dictatorial dont l’autoritarisme est davantage flagrant, les autorités sont appelées à réformer le système de la fonction publique pour privilégier la transparence et le concours basé sur la compétence, seuls garants d’une administration véritablement au service de tous les Tchadiens.
