
Le système éducatif tchadien est chroniquement affaibli par des décennies de sous-investissement et de crises. Les grèves répétitives et prolongées des enseignants sont devenues le symptôme le plus visible et le plus destructeur de cette fragilité, entraînant des conséquences dramatiques sur l’avenir de la jeunesse tchadienne.
Les mouvements de grève des syndicats d’enseignants comme le Syndicat des Enseignants du Tchad (SET) ou le Syndicat National des Enseignants et Chercheurs du Supérieur (SYNECS) ne sont pas des événements isolés, mais l’expression d’un profond malaise social et professionnel.

La principale source de conflit reste l’amélioration des conditions de vie et de travail. Les enseignants réclament régulièrement le paiement des primes et indemnités gelées ou impayées, parfois depuis plusieurs années (notamment depuis les restrictions budgétaires qui ont suivi la chute des prix du pétrole en 2016). Ils requièrent l’apurement des arriérés de salaires ou la régularisation de la situation de nombreux enseignants contractuels ou communautaires, dont le salaire est souvent tardif, voire suspendu et exigent l’intégration de leurs revendications dans la Loi de Finances annuelle, ce qui est souvent rejeté, alimentant un sentiment de « mauvaise foi » du gouvernement.
Au-delà des aspects financiers, les syndicats dénoncent un manque de volonté politique et la légèreté des autorités face à l’urgence éducative. Ils estiment que la crise actuelle est en partie due à la mal-gouvernance généralisée et à la priorisation d’autres secteurs budgétaires au détriment de l’éducation.

Même en période normale, le système éducatif tchadien cumule les obstacles, rendant l’impact des grèves d’autant plus lourd. Un manque criant de salles de classe, de tables-bancs et de matériel pédagogique. De nombreuses écoles sont en très mauvais état, voire improvisées. Le drame de l’effondrement de l’école primaire à Pala est encore dans les mémoires.
L’offre de formation est faible et le pays fait face à un déficit d’enseignants qualifiés, en particulier dans les zones rurales. Beaucoup d’écoles dépendent des maîtres communautaires (MC) moins formés et dont la situation salariale est très précaire. L’absence généralisée de manuels scolaires pénalise gravement les apprentissages.
Les grèves à répétition ne sont pas seulement un problème social ; elles sont un frein direct et massif au développement humain du Tchad. Chaque débrayage, qu’il soit d’avertissement ou illimité (plusieurs semaines, voire des mois), entraîne une perte d’apprentissage significative. Le volume horaire annuel n’est pas respecté, ce qui impacte la couverture des programmes. Cette instabilité contribue à faire grimper le taux d’échec scolaire et le risque d’abandon chez les élèves, qui se retrouvent désengagés et pénalisés.

L’échec scolaire et l’abandon sont particulièrement fréquents dans les milieux défavorisés. Les grèves amplifient ce phénomène, perpétuant un cercle vicieux de la pauvreté où la jeunesse, mal éduquée, n’a accès qu’à des emplois précaires et sous-payés. L’éducation, facteur de progrès, se mue en facteur d’inégalité.
La suspension ou l’amputation des salaires des grévistes, parfois utilisée par le gouvernement, ne fait qu’aggraver la crise de confiance entre le corps enseignant et l’État. Cela dégrade le moral des éducateurs, affectant la qualité de l’enseignement même en dehors des périodes de grève.

Si la volonté politique, récemment renouvelée avec la mise en place d’une Politique Nationale Enseignante du Tchad (PNET) 2024-2030, cherche à améliorer la situation des enseignants, tant que les revendications financières de base ne seront pas satisfaites de manière sincère et durable, l’école publique tchadienne continuera d’être l’otage d’une crise qui menace l’avenir d’une génération entière.
