
Candidat à sa propre succession, le président sortant Paul Biya bats actuellement campagne pour les prochaines élections présidentielles du Cameroun. Au pouvoir depuis 1982, tout semble confirmer qu’il remportera la prochaine élection malgré un bilan peu reluisant.
Prévue pour le 12 octobre prochain, l’élection présidentielle se déroule dans un contexte de fortes tensions, principalement centré sur Paul Biya plus visible pour les campagnes que ses adversaires et un bilan de ses décennies au pouvoir, de plus en plus qualifié de médiocre pour plusieurs raisons.
Sa présence continue au sommet de l’État depuis plus de quarante ans cristallise les débats sur l’alternance et la fatigue démocratique ;
L’état de santé du président et sa fréquente discrétion, parfois qualifiée de « candidat invisible » en période de campagne, alimentent les discussions sur sa capacité à gouverner un nouveau septennat. Certains opposants évoquent une « gouvernance par procuration ».

Depuis 1982, Paul Biya présente un bilan qui ne satisfait pas certains camerounais qui aspire au changement. Son bilan est fortement critiqué par l’opposition et des analystes qui le jugent désastreux sur certains aspects, contrastant avec la détermination du gouvernement à afficher des avancées.
Les critiques soulignent une régression économique et une aggravation de la fracture sociale. Le PIB par habitant stagne depuis des décennies, tandis que le nombre de pauvres est en augmentation. « Que va-t-il nous offrir en plus de cette souffrance depuis 40 ans » lance au micro de Chadiansreporter un vendeur ambulant.
L’économie peine à générer une croissance significative, bien que les projections gouvernementales tablent sur une croissance de 4,1 % en 2025. Le pays est considéré comme « complètement ruiné par la corruption », selon des voix de l’opposition. Il est reproché au régime de Biya d’être aux mains de certains « oligarques ». Le sous-emploi et le manque d’opportunités pour la jeunesse, qui représente une part très importante de la population, constituent un défi social majeur et une source de frustration.
En matière de sécurité, les acquis sont nuancés par des crises persistantes et des menaces régionales. Le conflit dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest (crise anglophone) continue de déstabiliser le pays. Le faible taux de participation électorale dans ces régions témoigne de la profondeur de la crise.

Le Cameroun doit faire face aux menées de groupes terroristes djihadistes tels que Boko Haram dans la région de l’Extrême-Nord fragilise la zone et expose ses habitants à des précarités qui étaient déjà très visibles.
L’opposition est traditionnellement fragmentée face au RDPC. Malgré les tentatives d’union et les mises en garde du gouvernement contre les « activités clandestines », elle peine à s’imposer comme une alternative unie. L’opposant Maurice Kamto, arrivé en deuxième position lors du scrutin précédent, est dans l’impossibilité de se présenter, sa candidature ayant été rejetée par le Conseil constitutionnel.
Plusieurs autres figures de l’opposition, comme Akere Muna ou Serge Espoir Matomba, ont déposé leur candidature. Akere Muna propose notamment une période de transition pour « remettre un système comptable en place ». Les enjeux de cette élection sont donc multiples : l’avenir du pays après plus de 40 ans de règne de Paul Biya, la réponse aux crises sécuritaires et économiques, et la réduction des inégalités sociales.
La rédaction
