
Depuis son accession à la magistrature suprême comme président élu, le chef de l’Etat Tchadien, le Maréchal Mahamat Idriss Deby enchaine les visites surprises à l’effet de constater le fonctionnement des institutions étatiques. Mais que retenir de ces visites qui paraissent plus en tapages médiatiques qu’en pression pour un service de qualité ?
En politique, on sait que les apparitions en public sont les meilleurs moments de de faire des adhésions de masse ou complètement le contraire, se prendre une belle raclée. Eh bien dans le cadre du président Mahamat Deby, étant déjà à la présidence, ses visites inopinées dans diverses institutions et sites au Tchad s’inscrit parfaitement dans la théorie du tapage médiatique. Ces descentes surprises servent à la fois d’outil de communication politique pour gagner l’adhésion populaire (lui qui est de plus en plus contesté) et de mécanisme de contrôle et de mise sous pression pour l’administration.
Les visites surprises visent à court-circuiter les rapports officiels, souvent jugés complaisants ou falsifiés, pour constater la réalité du terrain. Par exemple, lors de sa descente à la Caisse Nationale des Retraités Civils du Tchad (CNRCT), le président a pu observer un « profond dysfonctionnement », l’absence de responsables, des files d’attente interminables, des pensions impayées, et des cas de corruption, révélant la négligence administrative. En exprimant publiquement sa « déception » (comme après une visite dans des hôpitaux ou sur des chantiers), le président met les responsables en défaut, exigeant une « nouvelle exigence de responsabilité » et une nouvelle démarche de fonctionnement des structures étatiques dont il en est le chef. L’effet attendu est une thérapie de choc au sein de l’administration, incitant les fonctionnaires à être constamment vigilants et efficaces, de peur d’être pris en flagrant délit de manquement.

L’exposition médiatique de ces visites inopinées est un outil de communication politique essentiel. Ces descentes sont présentées comme un témoignage de la « proximité » du chef de l’État avec les citoyens ordinaires (retraités, victimes d’inondations, usagers des services publics). En s’adressant directement aux victimes ou aux usagers, le président se positionne en défenseur du peuple contre une administration défaillante. En visitant des sites inondés ou des chantiers, Mahamat Idriss Déby Itno cherche à projeter une image de « Maréchal sur le terrain », déterminé, vigilant, et orienté vers l’action, ce qui peut être un moyen de consolider sa légitimité, notamment après une transition politique contestée.
Les visites permettent de recentrer l’attention publique sur les problèmes sociaux et administratifs très encrés dans cet Etat ou la gestion clanique et le favoritisme sont très présents et dont la corruption, la mauvaise gestion etc. épuise au quotidien le Tchadien lambda qui ne croit plus à l’Etat de droit. Par endroit, ces visites semblent ne pas avoir l’effet escompté. Ce qui montre le défi qu’a ce jeune président face à certains administrateurs qui se croient au-dessus de la loi.

Les visites inopinées de Mahamat Idriss Déby Itno dans les institutions tchadiennes constituent une stratégie de gouvernance par l’exemple et la pression. Elles sont un acte doublement politique : elles exercent une pression sur les cadres pour améliorer la performance administrative, tout en servant de tapage médiatique pour gagner le soutien populaire et renforcer l’image d’un leader déterminé à réformer et à lutter contre la mauvaise gestion. Elles traduisent une volonté de court-circuiter la bureaucratie pour établir un contact direct avec la réalité et les populations, au risque que l’effet ne soit que temporaire, basé sur la peur plutôt que sur une réforme structurelle profonde.
