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Tchad : La constitution comme outil de maintien au pouvoir

Les véritables modifications de la constitution au Tchad ont commencé sous le règne de Déby père et continu avec Déby fils dans le but de s’éterniser au pouvoir comme son père jusqu’à sa mort. Voici comment le régime des Déby et alliés

  1. La Période Idriss Déby Itno (1990-2021) : Le « Verrou » Sauté

L’ère du Maréchal Idriss Déby Itno, arrivé au pouvoir en 1990, est l’exemple le plus frappant de l’utilisation de la révision constitutionnelle pour le maintien au pouvoir.

Date de la RéformeModification CléObjectif Poursuivi
1996Adoption de la Constitution de la IVe République.Institution d’un système démocratique pluraliste. Le mandat présidentiel est fixé à cinq ans, renouvelable une seule fois (deux mandats maximum).
2005Suppression de la limitation des mandats présidentiels.Le changement le plus décisif. Cette révision permet à Idriss Déby Itno de se présenter pour un troisième, puis un quatrième, et un cinquième mandat, lui ouvrant la voie d’un pouvoir à vie.
2018Retour au mandat de six ans, renouvelable une seule fois, mais avec une clause de non-rétroactivité.Création de la IVe République. Le mandat est porté à six ans. Crucialement, la nouvelle règle ne s’applique qu’à partir de la prochaine élection (2021), permettant à Déby, déjà en poste, de remettre son compteur à zéro et de briguer deux nouveaux mandats de six ans (jusqu’en 2033, théoriquement). Le poste de Premier ministre est supprimé, renforçant le caractère hyper-présidentiel du régime.

L’année 2005 marque le point de bascule. En faisant sauter le « verrou » de la limitation des mandats, Idriss Déby a institutionnalisé une présidence quasi-à-vie, une pratique courante dans plusieurs régimes africains.

2. La Transition et la Succession Dynastique (Depuis 2021) : Le Modèle Pérennisé

Après la mort d’Idriss Déby Itno en 2021, la transition menée par son fils, le général Mahamat Idriss Déby Itno, a continué à utiliser l’outil constitutionnel pour consolider le pouvoir.

Révision de 2025 : Peu après l’élection, le parlement (largement acquis au pouvoir) adopte une nouvelle révision constitutionnelle qui allonge le mandat présidentiel de cinq à sept ans et, de plus, le rend renouvelable sans limite. Cette décision, dénoncée comme un « second coup d’État constitutionnel » par l’opposition, pérennise la tendance autoritaire, en s’appuyant sur l’héritage des révisions de son père pour déverrouiller à nouveau le nombre de mandats et prolonger la durée de chaque exercice.

Référendum de 2023 : Pour mettre fin à la période de transition, un référendum constitutionnel est organisé. Ce texte établit une nouvelle République, permettant à Mahamat Idriss Déby Itno de se présenter à l’élection présidentielle de 2024, marquant une succession dynastique largement critiquée par l’opposition.

Révision de 2025 : Peu après l’élection, le parlement (largement acquis au pouvoir) adopte une nouvelle révision constitutionnelle qui allonge le mandat présidentiel de cinq à sept ans et, de plus, le rend renouvelable sans limite. Cette décision, dénoncée comme un « second coup d’État constitutionnel » par l’opposition, pérennise la tendance autoritaire, en s’appuyant sur l’héritage des révisions de son père pour déverrouiller à nouveau le nombre de mandats et prolonger la durée de chaque exercice.

3. La Constitution comme Stratégie Politique

Historiquement, les révisions constitutionnelles au Tchad (comme dans de nombreux pays africains post-coloniaux) ont servi à légitimer l’autorité des chefs d’État, souvent issus de coups d’État ou de guerres civiles. La Constitution est perçue non pas comme un contrat social immuable, mais comme un texte malléable au service du maintien de la caste dirigeante.

La séquence Déby père (2005, 2018) puis Déby fils (2025) révèle une double stratégie d’éternisation du pouvoir par des artifices institutionnels :

Suppression de la limite des mandats (2005, puis réaffirmation en 2025) ;

Allongement de la durée du mandat (2018, puis 2025).

Ces manœuvres vident de leur sens les garde-fous démocratiques, transformant l’alternance politique en une simple façade pour un régime où le pouvoir est exercé sans véritable perspective de fin.