Doubout ! un documentaire d’Éveil des Racines et la Résilience Antillaise Face à l’Héritage Toxique encore ressenti d’une colonisation violente

Le documentaire « Doubout » de Harry Eliezer n’est pas une simple œuvre cinématographique ; c’est un voyage initiatique, un cri de l’âme et une puissante exploration de l’identité antillaise. Face à la nostalgie de ses « véritables racines noires », Eliezer réalise plus qu’une quête personnelle : il décrypte la matrice historique et psychologique qui a façonné les sociétés des Antilles, de l’ombre du Code Noir à l’espoir résilient d’aujourd’hui. Ce documentaire, dont le titre créole signifie « debout », est un appel à se relever, à la fois de la victimisation et des structures d’un système qui perdure.
Le fil conducteur de « Doubout » met en lumière la relation paradoxale de l’homme noir aux Antilles avec la religion. Le système esclavagiste, formalisé par des textes comme le Code Noir de 1685, a utilisé la foi pour asservir les corps et les esprits. Les maîtres lisaient les « livres saints pour mieux te faire frire » disait Wakeu Fogaing, transformant la religion en un outil de contrôle et d’obéissance.
Pourtant, le documentaire révèle que cet homme noir, victime d’une colonisation aidée par la religion, s’y est également réfugié pour espérer. C’est dans la spiritualité que l’esclave a trouvé la force de se « révéler de l’abaissement » que lui a fait subir l’homme blanc. Le Tchadien (que je suis) ou l’Antillais qui « met Dieu devant tout » exprime ainsi une vision du monde sans cesse menacée, où l’espérance devient l’ultime acte de résistance.
L’œuvre d’Eliezer, éclairée par des auteures comme Simone Schwartz, aborde les conséquences intergénérationnelles de l’esclavage. Au-delà des chaînes physiques, le système a brisé la responsabilité des hommes dans leur foyer. L’esclavage, en niant l’humanité et la paternité des hommes noirs, a créé un traumatisme qui se répercute encore sur la structure familiale et l’équilibre social.
« Doubout » nous ramène également à la terre des Amérindiens – ces Kalina affectueusement nommés – dont les îles portent encore les histoires. L’identité antillaise est une stratification de cultures, où l’héritage amérindien, africain et européen se superpose, laissant un terreau fertile pour les revendications d’associations comme Quilombo Le Havre Guadeloupe, qui demandent la réparation des préjudices causés par la colonisation.
Un chapitre central du documentaire est consacré à la lutte linguistique. L’interdiction de parler créole à l’école est un symbole fort de l’asservissement culturel, où l’on tapait les enfants qui parlaient leur langue maternelle. Même à la maison, la pression pour que les enfants « parlent français » a imposé l’aliénation linguistique. Je me suis reconnu dans cette partie où parlé le français a la maison était une obligation.
Le documentaire salue le combat des étudiants et militants pour faire reconnaître le créole non pas comme un « dialecte », mais comme une « langue maternelle », mettant fin à la « sous-estimation des langues de nos terroirs face aux langues étrangères ». Réaffirmer sa langue est le premier pas vers la souveraineté culturelle et le droit de s’exprimer sans honte ni complexe.

Pour Eliezer, la lutte n’est pas qu’une chanson guadeloupéenne ; c’est une nécessité vitale. Le mal-être et la nécessité de se « défouler » par des loisirs n’existent que lorsque l’on ne vit pas « normalement », quand les systèmes sociétaux sont faux. Les loisirs ne sont alors qu’un « médicament pour compenser le mal-être ».
En citant la célèbre formule « Le tigre ne proclame pas sa négritude, mais bondit sur sa proie et la dévore » dont a vision de ce documentaire a réveillé en moi, Harry Eliezer, par ce documentaire offre la clé de lecture de son documentaire et d’une avancée moins haineuse des victimes de la colonisation. L’heure n’est plus à la victimisation passive. Il est donc urgent de se lever et agir. « Doubout » est un documentaire qui invite à l’action concrète et à l’autonomie, faisant de l’éveil des racines l’amorce d’une libération.
Par Djagbara Xavier
