
Le président Mahamat Idriss Déby Itno a récidivé. Pour la deuxième fois en quatre mois, il s’est rendu, sans crier gare, au siège de la Caisse nationale des retraités du Tchad (CNRT). Objectif affiché : constater par lui-même les dysfonctionnements de cette structure vitale pour des milliers de retraités. Objectif réel ? Le doute est permis.
Ces «visites surprises» sont devenues un exercice de style. Elles donnent l’illusion d’un président à l’écoute, d’un homme d’action, d’un chef qui descend dans l’arène. Mais au-delà des images et des annonces improvisées, quel changement concret pour les retraités ? Quel soulagement pour ces hommes et femmes qui, après une vie de service public, attendent encore leur dû dans la misère et l’indifférence ?
La réalité est amère : rien ne bouge. Depuis la première visite du 16 juin, la CNRT est restée la même. Mêmes queues interminables, mêmes retards de paiement, mêmes traitements humiliants. Les caméras sont reparties, mais les souffrances sont restées.
Ce n’est pas d’un spectacle politique dont les retraités ont besoin, mais d’une réforme profonde, d’un engagement clair, d’une volonté politique sincère qui prennent en compte le quotidien social. Gouverner, ce n’est pas visiter. Gouverner, c’est corriger, structurer, transformer.
Le chef de l’État gagnerait à substituer l’effet d’annonce par l’effet de changement. À défaut, ces descentes improvisées ne seront que des farces politiques de mauvais goût, dans un pays où le cynisme est déjà trop bien installé.
Car le Tchad n’est pas en panne de visites. Il est en panne de justice sociale. Ce que les retraités attendent, ce n’est pas de serrer la main du président, mais de recevoir leur pension à temps. Ce n’est pas de le voir passer, mais de voir leur dignité restaurée.
Il est temps que l’État cesse de tourner autour du mal et s’attaque à ses racines. Digitalisation des services, audit de la CNRT, responsabilisation des agents publics, mécanismes d’écoute des retraités : voilà des pistes concrètes. Et elles ne nécessitent ni cortège, ni caméras.
Mieux vaut un silence qui répare qu’un vacarme qui cache l’inaction.
La rédaction
